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jmbarga

My Book Covers Very Sensitive Taboo Topics That Most People Don’t Like To Discuss Openly, Thereby Causing A Lot Of Frustrations And Trauma

June 3, 2023 by jmbarga

Your book ‘Taboo Life’ has just been published simultaneously in French and English, and it is already a great success. Could you tell us what it’s about and what themes it deals with?

First and foremost, thank you Joseph for offering me the opportunity to talk about my first book that tells the true story of my life in Cameroon as a child and young adult.

The book covers very sensitive taboo topics that most people don’t like to discuss openly, thereby causing a lot of frustrations and trauma. Some of the topics covered are: sexual abuse including a double rape, early pregnancy, abortion, single parenthood, betrayal, love quest, relationship with a married man

What made you decide to talk about those experiences in a ‘Roman à clef’?  

A roman a clef allows an author to talk about real people and events with fictitious names. This was the best way to tell the true story of my life growing up in Cameroon without having to obtain legal approval from all the parties involved.

Now that you are a woman of influence. If you could inspire a movement that offers solutions in the fight against sexual violence, what would that be? 

That is an excellent question. I would call it the SPEAK UP MOVEMENT. This book was published for four main purposes all related to the fight against sexual violence:

1- For my own therapy, so that I could find healing in the process of telling my story

2- For other victims therapy, so that by reading my story, they could be inspired to speak up as well and find hope to survive and thrive but also to heal from their own trauma.

3- For the world to start discussing those sensitive topics rather than keeping them a taboo, and thereby creating more awareness so people can learn how to avoid certain dangers, how to react when certain things happen to them, and possibly help deter those who may be tempted to cause more victims.

4- Most importantly, all the proceeds of the book will help build a SUCCESS CENTER where volunteers and other specialists will educate, support and empower people who may find themselves in the vulnerable situations described in the book.

Can you share the most compelling story that happened to you since you published your book and that reinforces your decision was good to tell your story? 

Yes, it took me years of hesitations to finally publish this book and I am glad I did because I am heartbroken but also relieved when I see the overwhelming number of messages I receive from people who were sexually abused and could not speak up. After a book signing event, a lady about 60 years old walk up to me, in tears, saying that my story broke heart but she is glad I wrote about it because it will open the conversation so that more victims can speak up. She mentioned that she was a victim herself at a young age and that recently her two daughters came to her after reading the book and told her that they went through the same experience. She just wanted to thank me for helping others heal with me and for raising awareness on such a sensitive topics, to equip the younger generation so they can better avoid or tackle such situations.

The story ends when you leave for the USA. Did this step mark the end of your challenges? If not, do you envisage a sequel to your book?

Moving to the USA may have marked the end of sexual violence for me but opened the door to other challenges that will inspire those who will read the sequel that I am currently working on.

What advice you wish someone provided you before starting your journey to a successful businesswoman?

I wish someone told me the level of hardwork and resilience it will require but most importantly I wish someone told me the importance of having a mentor, because that would have definitely expedited my success.

How can we get your book here in Cameroon, and do you plan to come and discuss its relevant themes with us? 

I will be on a book tour in Cameroon very soon, the dates are not yet set but to keep up with my updates, I recommend that everyone follows my Facebook page @CoachLisaPrudy and my Youtube Channel.

The book is currently available worldwide on Amazon: https://amzn.to/3AgTBrL

In Yaounde at Librairie des Peuples Noirs.

In Douala, at our office Keywords 4 Success Douala, opposite ORCA store.

Whatsapp: (237) 91 24 31 43 for orders and we can deliver nationwide in Cameroon.

Thank you.

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La Diaspora Préfère Considérer Le Cameroun Comme Un Pied- À-Terre. Dommage, Car Les Opportunités Sont Enormes Dans Un Pays En Friche, Où Tout Est À Faire.

May 11, 2023 by jmbarga

Les causes des migrations dans le monde ont-elles évolué selon vous ? Quel est selon vous le poids de l’aspect économique dans la décision de s’expatrier.

Oui bien sûr ! Avant nous allions en Europe pour étudier. Le départ en Europe était même l’occasion pour les familles de se retrouver pour dire au revoir à celui qui s’en va avec l’assentiment de la famille. Aujourd’hui, la donne a carrément changé. La situation économique désastreuse en est la principale cause : le chômage, le manque d’argent et surtout la perte de l’espoir de s’en sortir un jour, de voir le bout du tunnel. Le paradoxe, aujourd’hui, est que même les personnes ayant une situation plutôt enviable, au-dessus de la moyenne aussi s’en vont. Pourquoi ? Parce qu’elles n’ont pas la paix psychologique. Lorsqu’on vous coupe l’eau ou l’électricité, même avec votre argent, vous subissez les mêmes désagréments que les autres. Si vous êtes malade, la prise en charge est la même sauf si vous allez dans les cliniques privées et encore ! Le plateau technique peut être défaillant.

Et puis il y a la perception de l’occident qui reste l’eldorado ; avec l’avènement d’Internet, les images de l’étranger défilent à longueur de journée et il y a aussi les appels d’offres des structures privées qui se spécialisent dans ce secteur juteux et vous promettent de voyager.

Dans un monde de plus en plus ouvert, mais dans lequel on peut noter aussi une tendance à certaines formes de replis, comment définiriez-vous l’identité d’un être humain ?

Une identité plurielle, mais avec toujours la sauvegarde des valeurs issues de nos origines. Nous ne devons jamais oublier d’où nous venons. Rester connecté avec la terre d’Afrique mais toujours apprendre des autres.

Lorsqu’on va en terre étrangère, l’on a tendance à se rapprocher des personnes qui nous ressemblent. C’est humain. Maintenant, il faut juste gérer cette dualité sociétale et accepter que le monde évolue en bien mais aussi en mal. Trouver un équilibre.

Dans votre ouvrage Le Cadenas, Cahier d’un Détour au Pays Natal, la thématique des visites et des retours au continent berceau de l’humanité pour la diaspora africaine est centrale. À votre avis, qu’est-ce que par exemple le Mboa  a de si particulier qui fait que la dame Ewodi de l’île du Wouri (ou tout.e autre camerounais.e) ressente l’appel du pays partout où elle se trouve dans le monde ?  

Pour les enfants qui sont nés à l’étranger, c’est un autre débat. Mais pour ceux qui sont nés au pays, qui y ont acquis les fondamentaux, les bases d’une certaine éducation, il y a comme une « dette », une sorte de reconnaissance et il faut renvoyer l’ascenseur. Il ne faut pas se mettre la pression, mais il faut savoir que l’appel de l’Afrique doit aussi être un choix. Il y a des personnes qui ont été en situation précaire en Afrique et qui pour rien au monde ne voudraient rentrer, car elles sont parties pour sauver leur famille. Et il y en a d’autres qui n’ont pas ce problème ! Alors pourquoi ne pas rentrer ?

Dans tous les cas, que ce soit pour un Détour ou un Retour, l’essentiel est de savoir que malheureusement à cause des manquements de ceux qui nous dirigent, nos familles, notre pays a besoin de nous. Vous n’allez pas laisser mourir votre frère ou votre cousin restés au pays sous prétexte que c’est à l’état de prendre ses responsabilités. C’est vrai que l’état est le garant des biens et des personnes mais s’il est défaillant, que faire ? Soutenir, s’entraider reste la solution.

Qu’est-ce qui vous paraît le plus difficile aujourd’hui pour une personne de la diaspora dans la décision de rentrer s’installer définitivement au Cameroun ?

Lorsque l’on interroge la diaspora, c’est presque toujours le problème de la santé et la prise en charge en cas de malaise…

La Diaspora compare (et c’est son droit) le confort sanitaire  qu’elle vit à l’étranger et l’offre de soins qui lui est proposée au pays. Il n’y a pas photo ! Et la réticence est d’autant plus grande s’il y a des enfants.

Il y a aussi le côté professionnel. Au-delà de l’argent, si vous n’avez pas les outils indispensables pour travailler, ça devient compliqué. Il faut beaucoup de courage et d’abnégation ! Mais aujourd’hui, les gens sont fatigués de se battre pour du vent.

Du coup, le retour définitif est compliqué et dans mon ouvrage, je parle de Détour. La diaspora préfère considérer le Cameroun comme un pied-à-terre. Dommage, car les opportunités sont énormes dans un pays en friche, où tout est à faire.

Il y a cette anecdote dans votre récit où vous parlez de la dédicace de l’un de vos ouvrages au cours de laquelle il n’y a eu qu’un maigre public. Quel est selon vous l’état de la littérature au Cameroun ?

 (Rires)

Au Cameroun, c’est le football qui est roi. Il mobilise les passions collectives.

Après, il y a l’alcool ! Voilà les ingrédients réunis pour festoyer.

Il y a un construit savamment élaboré.

Du coup, les livres concernent une élite qui s’approprie l’espace spirituel du peuple qui est donc dans de bonnes prédispositions pour être manipulé.

Le jour où je verrais les bibliothèques, les évènements littéraires aussi courus que les matchs de football, je ne sais pas…je ne veux rien promettre.

Maintenant, est-il encore nécessaire de parler du rôle de l’état ? Des organismes dédiés comme la SOCILADRA…

La littérature est le parent pauvre de l’ART parce qu’aujourd’hui, c’est le pouvoir de l’argent qui se justifie. Vous pouvez être un parfait cancre mais si vous avez de l’argent même mal acquis, vous êtes vénéré et vous conservez un vrai pouvoir de nuisances. Votre intérêt ne sera jamais de valoriser ce qui contribuerait à élever vos semblables mais à les maintenir dans un état de dépendance financière et spirituelle.

Vous aimez les jeux de mots, vous utilisez à profusion les expressions locales dans votre récit. Avec le recul que vous avez eu en passant un certain temps hors de votre pays natal, pensez-vous que la langue utilisée au quotidien peut donner des indicateurs importants sur la société ?

Oui surtout que la langue française évolue. Elle est parlée différemment en côte d’ivoire, au Congo ou au Cameroun. C’est une langue vivante et l’appropriation spatiale de celle langue par les africains doit être prise en compte. J’écris pour être lue, entendue et comprise, pas pour que les gens consultent le dictionnaire à chaque mot.Une langue est un indicateur social selon que l’on soit au marché ou dans des salons huppés. Il faut s’adapter à l’environnement qui nous entoure. Au Cameroun, on répond à une question par une question…On utilise des spécificités que seuls les camerounais comprennent. C’est un refuge. Dans mon récit,  il m’a semblé important de faire corps avec le peuple qui est ma principale source d’inspiration.

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3 Nouvellistes Russes Classiques à (re) Lire Sans Tarder

April 25, 2023 by jmbarga

On entre dans les nouvelles de certains auteurs russes classiques comme si on était en territoire connu. Drôle d’effet de lire et se retrouver presqu’instantanément dans des histoires et dans des personnages d’une époque et d’une géographie bien lointaines.

C’est que les péripéties qui se déroulent au fil des pages dans les villes et dans les campagnes ainsi que les personnages qui se meuvent avec vivacité semblent avoir quelques traits communs avec certaines aventures – parfois rocambolesques, que l’on vit au jour le jour dans nos propres contrées.

 En cela, il nous est loisible en tout lieu et en tout temps de revisiter les grands classiques russes de la nouvelle.

1-ANTON TCHEKHOV

Dans sa nouvelle intitulée « Les Trois roses jaunes », le nouvelliste américain et virtuose du genre Raymond Carver raconte les derniers moments de la vie d’Anton Tchekhov, écrivain russe majeur et l’un des maîtres dans l’écriture des nouvelles. Cet hommage montre sans doute toute l’influence que l’auteur russe a eue sur le genre littéraire qu’il a manié avec dextérité, à l’instar de plusieurs autres de ses compatriotes devenus des classiques.

Tchekhov peint avec finesse les personnages et décrit avec splendeur les paysages de sa Russie profonde. Le médecin a disséqué pendant que le poète faisait la peinture. Et la vie se déploie simplement dans les nombreuses histoires grâce aux innombrables créatures qui les peuplent.

Où l’on peut voir aussi ce que Carver a sans doute apprécié chez Tchekhov : le fait de dire les choses sans vraiment les nommer. L’auteur américain a excellé dans cet art de la nouvelle incisive, de l’économie des mots et de la retenue.

EXTRAIT DE LA NOUVELLE ‘‘LA SALLE N° 6’’ :

– [Gromov] Oui, je suis malade. Mais des dizaines, des centaines de fous se promènent en liberté, parce que votre ignorance est incapable de les distinguer des gens sains d’esprit. Pourquoi donc dois-je, ainsi que ces malheureux, demeurer ici pour tous les autres, comme des boucs émissaires ? Vous, l’aide-médecin, l’intendant et toute la racaille hospitalière, vous êtes, du point de vue moral, infiniment en dessous de n’importe lequel d’entre nous, pourquoi est-ce nous qui sommes privés de liberté, et pas vous ? Quelle logique est-ce là ?

— [Dr Raguine] Le point de vue moral et la logique n’ont rien à voir ici. Tout dépend du hasard. Celui qu’on a enfermé reste enfermé, celui qu’on a laissé en liberté se promène, voilà tout. Il n’y a rien de moral, ni aucune logique, dans le fait que je sois un médecin, et vous un aliéné, c’est une pure contingence.

2. IVAN TOURGUENIEV

On dit de Tourgueniev qu’il est le plus Français des écrivains russes puisqu’il a vécu pendant plus de 20 ans en France, et ce, jusqu’à sa mort. Il peut y avoir un certain paradoxe à vivre à l’étranger et à avoir une plume viscéralement attachée à son pays d’origine dans ses écrits.

Rien de surprenant à cela, toutefois, de nombreux auteurs, par choix ou par contrainte, se sont retrouvés hors des frontières de leur pays. Pourtant, il n’était question dans leurs écrits que de leur pays d’origine (Mongo Beti passa par exemple 32 ans d’exil en France et toutes les intrigues de ses œuvres de fiction étaient situées au Cameroun).

Ce qui m’a tout de suite marqué lors de mon premier contact avec les nouvelles de Tourgueniev, c’est son habileté à décrire la nature et sa sensibilité envers celle-ci. C’est notamment le cas dans les histoires constituant le recueil ‘Mémoires d’un chasseur’, où en plus d’idéaliser la vie paysanne, les activités bucoliques apparaissent bien plaisantes, et même idylliques.

Il y a du reste tout au long de ce recueil, çà et là, des pépites dans les descriptions des paysages et des personnes, de leurs contacts et de leurs interactions avec la terre nourricière. Tourgueniev rejoint donc admirablement Tchekhov dans la merveilleuse description des perspectives et des panoramas russes.

Ah ! Comme il est rafraîchissant de déambuler dans les paysages d’Ivan Tourgueniev et d’y rencontrer, au détour au détour de la satire, des personnages vifs avec leurs mots et leurs maux du quotidien.

EXTRAIT DE LA NOUVELLE ‘‘DEUX GENTILSHOMMES CAMPAGNARDS’’ :

“Mais revenons à Viatcheslav Ilarionovitch. C’est un redoutable amateur du beau sexe. À peine aperçoit-il sur le boulevard du chef-lieu une jolie personne, il la suit, mais presque aussitôt il se met à boiter, circonstance très particulière. Il aime les cartes, mais il ne joue qu’avec des gens de condition inférieure, qui lui disent : « Votre Excellence » et qu’il gronde à cœur joie. Mais s’il lui arrive de faire la partie du gouverneur ou de quelque haut fonctionnaire, une prodigieuse métamorphose s’opère en lui. Il sourit, hoche la tête, regarde son partenaire dans les yeux, en un mot il sent le miel. Il perd même sans se plaindre.”

3 – NICOLAS GOGOL

À ses débuts, Gogol est présenté à Alexandre Pouchkine qui l’encourage à écrire. Plus tard, ce dernier lui fournit même quelques sujets auxquels va se consacrer Gogol (Le Revizor, Les Âmes mortes). Alexandre Pouchkine est l’arrière-petit-fils d’Abraham Hannibal et Dieudonné Gnammankou a démontré qu’il était né dans le Logone-Birni, au Cameroun…

Quand on plonge dans les nouvelles de Gogol, on se retrouve assez vite dans un univers burlesque dans lequel bien des personnages semblent eux-mêmes complètement perdus. Les histoires peuvent paraître loufoques avec souvent de fascinants écarts dans l’irrationnel.

L’imagination et la créativité du lecteur sont sans cesse sollicitées dans la satire des mœurs, tout au long de fertiles syntaxes et de flots lyriques, ainsi qu’à la rencontre de personnages frappants et typés, totalement fascinés par la poursuite de rêves enflammés dans des environnements complexes.

EXTRAIT DE LA NOUVELLE LE ‘‘NEZ’’ :

L’assesseur de collège Kovaliov s’éveilla d’assez bonne heure et fit avec ses lèvres : « brrr…», ce qu’il faisait toujours en s’éveillant, quoiqu’il n’eût jamais pu expliquer pourquoi. Il s’étira et demanda une petite glace qui se trouvait sur la table. Il voulait jeter un coup d’œil sur le bouton qui lui était venu sur le nez la veille au soir ; mais, à sa très grande surprise, il aperçut à la place du nez un endroit parfaitement plat.

Effrayé, Kovaliov se fit apporter de l’eau et se frotta les yeux avec une serviette. En effet, le nez n’y était pas. Il se mit à se tâter pour s’assurer qu’il ne dormait pas ; non, il ne dormait pas. Il sauta en bas du lit, se secoua ; pas de nez ! Il demanda immédiatement ses habits, et courut droit chez le grand maître de la police.

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Il Est Important Pour Les Africains De Raconter l’Afrique, De Raconter Toutes Les Périodes De l’Afrique, De Se Saisir De Toutes Ses Thématiques

April 19, 2023 by jmbarga

Comment avez-vous développé la passion de la littérature et décidé de vous lancer dans l’écriture d’une œuvre de fiction ?

La lecture tomba dans mon adolescence comme le fruit de la passion de l’arbre. Je fus l’heureuse victime d’une boulimie de livres goulûment ingurgités, de toutes cuissons : saignant comme les ‘SAS’ de Gérard de Villiers qu’adoraient mon père ou des John Grisham , A point comme les œuvres de Cheikh Anta Diop, Freud, Romain Rolland, Maryse Condé, Mongo Beti, Césaire,  Achille Mbembé, Amélie Nothomb, Maya Angelou, Sartre, Harendt, etc… Puis vint l’anorexie avec les années universitaires et professionnelles, un jeûne subi jusqu’à la découverte de Miano, Chimandada Ngozi Adichie, etc.  dont la force des récits a su extraire le minerai de l’écriture qui végétait depuis l’adolescence dans les cavernes intimes. Les thèmes abordés par Miano dans les « aubes écarlates » ou « la saison de l’ombre », par Adichie dans « l’autre moitié du soleil », la relecture de Cheikh Anta Diop ont achevé de me convaincre d’écrire cette fiction historique.

Vous abordez dans le roman ‘Indépendants’ la thématique des indépendances africaine des années soixante. Qu’est-ce qui vous conduit à vous intéresser à ce sujet ?

Le premier intérêt vint de mes parents qui ont connu cette période et m’ont raconté certains évènements repris dans le livre. Les jambes de ma mère portaient des taches indélébiles en témoignage de l’incendie de la maison paternelle à son adolescence. Ensuite, les non-dits. Les versions différentes suivant le côté de l’océan où on se trouve. Il y a peu de fiction sur la période des indépendances. LA dernière décennie a vu un rattrapage s’opérer avec Hemley Boum, Nganang, Blick et d’autres qui ont écrit notamment en ce qui concerne le Cameroun. Comme si les langues se délient après plus de cinquante ans. Il faut se souvenir que la jeunesse des années soixante a engendré celle d’aujourd’hui. Et comprendre ses rêves et ses désillusions permet de mieux comprendre le temps présent africain. Par ailleurs, il est important pour les africains de raconter l’Afrique, de raconter toutes les périodes de l’Afrique, de se saisir de toutes ses thématiques, de donner leur point de vue pour enrichir la connaissance globale, car c’est l’histoire de l’Afrique et c’est l’histoire du monde.

Quelle importance accordez-vous au travail de recherche dans une œuvre de fiction ?  

Le travail de recherche est important pour la crédibilité et la vraisemblabilité des faits et des personnages. Cadrer le récit aux faits réels historiques. Recouper les informations sur des dates, des évènements, et y glisser le récit tel un poisson dans l’eau. Il a fallu lire et acheter des dizaines de bouquins. J’ai eu la chance de visiter certains de ces pays même si plusieurs souvenirs ont disparu dans l’urbanisation actuelle des villes. Par exemple, je rêvais de retrouver le Sophiatowm de Johannesburg, disparu depuis. Il est aussi nécessaire de confronter les points de vue, car cette période ne bénéficie pas d’une unanimité de point de vue chez les différents auteurs. Et au fur et à mesure des lectures, les similitudes s’imposaient de l’Afrique du Sud au Ghana, du Cameroun au Congo Belge, du Sénégal à l’Angola. C’étaient les mêmes aspirations à une vie meilleure, à la liberté, à un mieux-être et mieux vivre, à devenir maître de soi-même ; qui levèrent l’enthousiasme de la jeunesse africaine.  

Par ailleurs, pouvoir évoquer les Mandela, Lumumba, Um Nyobé, Nkrumah, Cheikh Anta Diop, etc. dans un même récit, montrer comment leurs victoires ou échecs ont catapulté le destin de gens ordinaires dans l’Afrique contemporaine permet de rappeler que leur combat était le même, celui de l’émancipation d’une population dans une zone géographique donnée (l’Afrique).

La période dans laquelle se déroule votre roman fait partie d’un intervalle que l’on considère comme trouble. Est-ce que c’est important de clarifier aujourd’hui certains aspects de cette période de notre histoire ?

Oui, il faut apporter de la lumière sur cette période, pour les Africains d’abord. Faire la paix avec nous-mêmes, notre passé, notre histoire. Nous réconcilier. Sans complaisance ni victimisation. Attendre la reconnaissance des crimes de la part des anciens colonisateurs est anecdotique. L’Asie n’est pas restée soixante ans à attendre les excuses de X ou Y. Ça détourne de nos propres responsabilités et devoirs. Où sont nos propres monuments ? les rues au nom de nos héros nationaux ? les journées commémoratives ? les promotions de nos prestigieuses écoles qui portent le nom de ces héros ? Nos musées de l’esclavage, de l’histoire coloniale ou des Indépendances ? Pourquoi des livres comme ‘Nations nègres et culture » ou « l’Afrique noire précoloniale » de Cheikh Anta Diop ne sont pas enseignés dans les collèges du Sénégal et des autres pays africains ?  Des ouvrages comme « écrits sous le maquis » ou « le mouvement nationaliste dans le sud du Cameroun » d’Achille Mbembé  sont parfois ignorés au Cameroun. La collection l’Afrique noire contemporaine dirigée par Ibrahima Baba Kaké est passée aux oubliettes… Chaque peuple doit faire son travail d’introspection. L’assumer. Le partager. Et lorsqu’il le fait bien, il se fait respecter. Nous agissons comme si nous attendons l’aval de l’ancien colonisateur qui a son agenda et son propre travail de vérité à faire. Les deux démarches peuvent cohabiter, se rejoindre ou pas. Il y a un tel silence complice de la part de ceux qui ont dominé et de ceux qui furent dominés qu’il en devient coupable. Et ce silence fait le lit des extrémistes, des séparatistes, de ceux qui veulent écrire l’histoire à leur seule sauce, des théories de tous genres. Tout cet imbroglio ne permet pas d’avoir un débat serein et structuré sur ce sujet. Cette situation ne profite pas aux Africains. Parler de ce qui n’a pas marché pour soi dans le passé permet d’anticiper le futur. Bien sûr, l’accès aux archives retenues dans les anciennes puissances coloniales est nécessaire, mais où sont les archives locales ou les témoignages locaux ?  Il faut se libérer de ce fardeau mémoriel qui n’en est un que par l’omerta qui semble l’entourer. C’est aux Africains de le faire, de donner le ton.

À travers votre roman, vous mettez en avant des personnages que l’on pourrait qualifier d’anonymes en rapport à l’importance de certains personnages historiques des indépendances africaines. Quelle aura été l’impact de ces ‘anonymes’ dans les mouvements ayant conduit aux indépendances ?  

Ces anonymes représentent l’universalité. Ce sont des êtres qui aspiraient à mieux dans leur vie. Qui se sont parfois déplacés vers des pays voisins pour trouver le bonheur. Qui eurent des rêves dont certains furent portés par les héros de l’indépendance. Leurs rêves n’étaient pas moins légitimes que ceux des jeunes Français pendant la deuxième guerre mondiale, que ceux des Américains pendant la crise de mil neuf cent vingt-neuf ou à ceux des Japonais au lendemain de Hiroshima. On oublie trop souvent combien cette période trouble a impacté négativement la trajectoire de plusieurs individus. Certains furent chassés de leur village ou de leur pays et durent vivre l’exil. Le maquis au Cameroun, Mai 68 au Sénégal, Sharpeville en Afrique du Sud ou la crise post indépendance au Congo ont produit les mêmes conséquences, le plus souvent désastreuses pour la jeunesse. Cette dernière a soutenu avec force et conviction les mouvements des indépendances dans l’espoir de créer un monde différent dans lequel elle aurait son mot à dire. Comprendre ce qui s’est passé permet de ne pas reproduire les mêmes erreurs.

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La Caractéristique Du Discours Chez Nous Est l’Abondance des Métaphores Et Des Onomatopées.

February 17, 2023 by jmbarga

Qu’entendez-vous par ‘Evangile selon Sainte Marque’ et quelle la différence ou le lien avec l’Evangile selon Saint Marc ?

Quand on parle d’évangile, on pense à un texte servant de référence absolue dans la mesure où, il exprime des lois et règles immuables. Avant Sainte Marque, tous les évangiles qu’ils soient canoniques ou apocryphes faisaient référence aux enseignements et la vie du Christ-Jésus en tant qu’avatar de la religion chrétienne. Notre évangile n’a pas pour point central, le Christ-Jésus, ni pour ambition la conversion et le salut des âmes. Notre évangile est une tentative de  décryptage des opérations pyschologiques dans le domaine marketing à l’aune des méthodes et discours des religions.

Autrement dit, la “marque” est une religion à part entière qui génère des codes spécifiques et ses canons philosophiques pour le moins incontournables dans le marketing ultra concurrentiel de notre époque.

En quoi votre livre se démarque-t-il des essais qui parlent des marques aujourd’hui ?

L’audace éditoriale se trouve dans l’objet de comparaison. Pour parler de la marque, cette idée-rôle qui nous pousse à l’envie, à l’excès, à la sur-consommation, aux péchés capitaux dans un monde capitaliste, nous n’avons trouvé rien de mieux qu’un concept qui semble justement combattre ces valeurs utilitaires et mercantiles. Comme si le nom du diable était celui de Dieu écrit à l’envers.

Tandis que les ouvrages sur la marque généralement sont des approches-recettes purement définitionnelles. Nous n’avons pas jugé suffisant de dire ce qu’est la marque, puisque tous les ouvrages y relatifs l’ont déjà fait ;  mais de voir comment elle se comporte et d’y découvrir une certaine religiosité.

Puisqu’en parlant de religion, croyants ou non, on touche à la sacralisation. Le principe même de la marque, c’est la différenciation, « le sortir » de la banalisation et le souci d’authentification. Loin d’être exhaustif, l’ouvrage plante le décor d’une approche par le haut de la notion identitaire de la référence, du label, donc de l’authenticité.

Est-ce qu’il y a des circonstances particulières qui ont été déterminantes pour la réflexion et pour l’écriture de votre essai ?

Bien entendu. Le contexte même de mon engagement quotidien dans le monde de la communication parfois dépouillé de ses propres commodités et surtout maltraité par des puissances médiatiques assourdissantes à coup de slogans et images parfois totalement incontournables. Il s’agissait aussi de redonner ses lettres de noblesse au management de la communication.

Je suis de l’aire culturelle Fang-béti ou l’art oratoire est fondamental dans la société. La caractéristique du discours chez nous est l’abondance des métaphores et onomatopées. Il est instinctif de toujours expliquer une chose par une autre. De comprendre un univers lointain à travers un univers plus proche. « Ce qui est en haut, est comme ce qui est en bas ».

Fort de ce substrat culturel, et embrassant le métier de publicitaire, qui ne saurait se traduire en ma langue, il m’a fallu, pour comprendre ce métier avoir recours à une métaphore qui me permettrait de mieux comprendre les processus psychologiques à l’œuvre dans l’orchestration des campagnes de communication. Cette manière de comprendre le métier était inévitable d’autant plus que je n’avais pas eu un cursus scolaire préalable me prédestinant à la publicité. J’y suis tombé comme un cheveu dans la soupe.

Evangile selon sainte marque par Thibault Marcel Tsimi

Depuis quand pensez-vous que la marque est devenue une divinité ? Est-ce que ce sera encore le cas pour longtemps ?

Vous n’allez pas non plus assimiler la métaphore à un blasphème ni au prosélytisme. Le marché aujourd’hui pour tout entrepreneur ou investisseur est un monde ultra concurrentiel où tous les moyens sont bons pour écraser ou écarter la concurrence. Hisser sa marque au niveau le plus élevé c’est dominer le marché. La maintenir malgré tout, c’est aussi être à la hauteur. Dans tous les cas, prendre soin de sa marque est une nécessité : on parle ainsi d’image de marque, l’autre approche plus sensible du marketing dont on parlait précédemment.

Aussi longtemps que les hommes voudront mettre un sens dans leurs actions, ils trouveront toujours dans les produits et les événements des motifs de dévotion. L’homme a tendance à tisser un rapport métaphysique avec tout ce qui l’entoure et les hommes de marketing répondent à ce besoin à travers leurs produits. Le besoin de croire est vital pour l’homme, la consommation aussi. Vérité presque évangélique.

Les biens (produits et services) ont-ils autant d’adeptes convertis dans nos géographies au même niveau que dans les autres sociétés à travers le monde ?

Etant donné que la culture en elle-même est le reflet identitaire de l’appartenance à une communauté, celle de la consommation, donc des produits l’est également. Seulement, et, grâce à la mondialisation et aux moyens de communications, toutes ses frontières sont brisées en ce qui concerne les produits et/ou les prestations de services. Ceci rend encore la MARQUE plus déterminante que jamais dans le choix du consommateur final. Sans ignorer le sempiternel classique désirabilité/accessibilité dans le panier, la consommation aujourd’hui se veut conquérante et universelle ; les vendeurs se donnent les moyens de préempter des territoires de plus en plus hétéroclites. Ceci n’est pas non plus une sinécure compte tenu des enjeux économiques globaux et des solutions alternatives inhérentes à chaque région pour chaque produit ou service. La qualité et l’attractivité sont deux atouts majeurs pour l’élévation d’une marque n’importe où. Il en découle la notoriété.

Ceci dit, Tant que les choses rassemblent les gens, il en découlera des rites, des mythes qui sont autant de bases fondamentales pour la marque en tant que communauté et identité. L’intention stratégique d’en faire un outil d’influence ou un facteur de création de richesses dépendra alors du sens des affaires. Concrètement, le Matango par exemple ou le Tchapalodrome sont des lieux et des liens qui constituent un fort potentiel de marque parce qu’elles rassemblent autant de convertis qui font vivre la même communauté. Mais l’organisation stratégique de ces lieux dans une entreprise légalement constituée n’a pas encore été ressentie par un investisseur. Le Cameroun et plusieurs pays d’Afrique résolus d’accélérer le mouvement d’industrialisation, la convocation de nos cultures au festin de la modernité ne saurait tarder.

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