
La question du retour au Cameroun des biens patrimoniaux pillés et dispersés à travers le monde connaît ces derniers temps un regain d’intérêt avec l’implication officielle de nouvelles parties prenantes.
Comme de nombreux autres africains, les Camerounais réclament depuis des décennies, le rapatriement de leurs objets culturels et cultuels.
Les initiatives sont nombreuses et variées, des écrits de Mongo Beti ou du père Engelbert Mveng aux actions concrètes comme le combat mené depuis belle lurette par le Prince Kum’a Ndumbe III pour le retour du Tangué de Lock Priso Bell.
On peut interroger le fait que jusque-là au Cameroun, le débat sur ce sujet se déroule encore à la marge et ne semble intéresser qu’une frange de la population. Il devient toutefois déraisonnable aujourd’hui de continuer à méconnaître le rôle essentiel que peut jouer un héritage culturel retrouvé.
Les Faits Peu Connus Sur Les Objets Pillés
Le journal Eco Matin du 22 mars 2022 estimait à cette date que le Cameroun ne semblait pas intéressé aux procédures de restitution des objets et rappelait que plus de 7 800 œuvres issues de notre pays étaient officiellement inventoriées au seul musée du Quai Branly à Paris. Des chiffres en accord avec ceux du rapport Sarr-Savoy qui dans une note cite un expert estimant que d’un point de vue statistique de 90 à 95 % du patrimoine africain se trouve à l’extérieur du continent.
Les artefacts couvrent un large spectre allant des objets de culte aux attributs royaux et leur classification permet de déterminer leur origine et parfois le trajet suivi par ces objets depuis leur confiscation jusqu’à leur lieu de détention actuel.
Au sein de certaines communautés, le souvenir de cet héritage dépouillé reste parfois vivace et des personnes peuvent raconter leur histoire, soit qu’elles aient vécu directement les douloureux événements de leur occurrence, soit que la mémoire des actes de la spoliation de leur patrimoine leur ait été transmise génération après génération.
Il est cependant nécessaire que le grand public soit de plus en plus au fait des enjeux de ce sujet sachant que certains trafics se poursuivent et que des objets continuent de quitter le pays pour d’autres cieux d’autant que quelques artefacts du terroir battent des records de vente aux enchères sur de nombreuses places à travers le monde.
L’Inéluctable Retour Des Objets Pillés
Dans les multiples exploitations qui sont faites actuellement des objets pillés, force est de constater que leurs communautés de provenance ont perdu tout droit sur ces patrimoines. Les savoirs se sont dissipés au fil du temps localement puisque les artisans initiés et les autres confréries à l’origine de la fabrication des objets ont arrêté de transmettre leurs secrets.
Par ailleurs, les usages actuels des artéfacts sont à l’opposé des fonctions initiales des objets. Le père Engelbert Mveng, dans l’Art et l’Artisanat Africains explique par exemple que « Le masque est un costume liturgique, conçu et réalisé en fonction d’un rite, d’une cérémonie, d’une célébration dont il récapitule le rôle et la signification dans la vie d’un peuple. »
Dans ce contexte, des œuvres culturelles et spirituelles ne peuvent faire l’objet de divisions ou de classifications appauvrissantes et hors-contexte, et les héritages spirituels, artistiques et intellectuels ne reprendront toute leur signification que dans l’environnement qui les a engendrés.
L’Urgence de Préparer Les Conditions D’un Retour Optimal Des Objets
Après les périodes malheureuses de l’histoire de plusieurs communautés qui ont subi une annihilation méthodique de leurs repères, le rapatriement des biens patrimoniaux est une occasion pour elles de voir leur rapport au monde et plusieurs composantes de leurs cultures restaurés.
Un retour convenablement négocié des objets pillés, mettra aussi en lumière bien des traits communs inhérents à nos cultures. Voilà comment là où on ne percevait quelquefois qu’une juxtaposition des valeurs, il sera plus évident de voir un socle commun permettant du reste de faire face ou d’évaluer d’autres principes ou d’autres cultures.
Il faut s’assurer de la mobilisation de toutes parties prenantes utiles au processus de rapatriement : citoyens et communautés, artistes et artisans, écoles, universités et lieux de recherches, société civile, autorités traditionnelles et autorités administratives. Travailler ensemble en incluant la diaspora pour aller à la quête des savoirs perdus et à la reconquête de notre culture, de notre identité et finalement de notre histoire.
Il faudra évidemment éviter toute nonchalance dans le traitement de ces sujets complexes car : « La culture fuit éminemment toute simplification. » comme l’affirme Frantz Fanon dans Les Damnés de la Terre. Et il poursuit : « Vouloir coller à la tradition ou réactualiser les traditions délaissées, c’est non seulement aller contre l’histoire mais contre son peuple. »
La Nécessité d’Agir Maintenant Sans Plus Attendre
Il est contre-productif d’attendre plus longtemps avant d’embrasser à bras-le-corps le challenge du rapatriement des biens patrimoniaux, car l’intérêt actuel et l’effervescence autour du sujet pourraient s’estomper sans qu’il n’y ait de réelles avancées.
La réclamation du retour des objets pillés n’est pas une requête récente, elle dure depuis des lustres et a été formulé par des personnalités, des organisations et des pays tout au long des dernières décennies. Rien n’expliquerait à présent une apathie qui irait à contre-courant de certaines évolutions comme en témoignent le dynamisme et le besoin infrangible des jeunes générations désireuses de renouer avec leurs sources aussi bien au Cameroun que dans la diaspora.
Dans les pays même abritant les objets en exil, il existe de plus en plus des initiatives individuelles de personnes qui, après des recherches sur les objets qu’elles détiennent, décident de les rendre aux ayants droit. C’est donc le moment de garder actives les dynamiques d’information et de sensibilisation partout où cela est nécessaire pour mobiliser toutes les bonnes volontés.
C’est aussi maintenant qu’il faut accélérer réflexion et action pour lever tous les obstacles au retour des biens patrimoniaux spoliés !










