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jmbarga

10 Livres Lus Et Approuvés En 2022

December 30, 2022 by jmbarga

Toute lecture s’inscrit dans le temps et dans notre histoire personnelle.

Une partie des souvenirs que nous gardons en effet d’une année est parfois liée à nos lectures. Nous nous rappelons alors le moment et le lieu où nous avons lu un roman captivant par exemple.

Les livres eux-mêmes nous apprennent d’innombrables choses sur des époques anciennes, récentes ou actuelles.

Dans l’immédiat, j’ai choisi de marquer un temps d’arrêt pour partager 10 ouvrages dont j’ai achevés la lecture ou la relecture en 2022.

Les 700 aveugles de Bafia (Mutt Lon)

Qui ne connaît pas Mutt-Lon et son incroyable roman ‘Ceux qui sortent la nuit’ ? Mais au risque de vous embarquer dans ce livre épique et de nous plus en sortir, retrouvons vite ‘Les 700 aveugles de Bafia’.

C’est une belle histoire bien ancrée dans notre pays. On y retrouve des personnages locaux et expatriés dont certains qui ont réellement existé. D’ailleurs, c’est avec un fait historique authentique que le romancier a bâti avec brio son intrigue.

J’ai eu l’opportunité de discuter avec l’auteur durant l’événement ‘Lire à Douala 2022’. Évidemment, cela a permis de comprendre sa démarche originale et de m’imprégner davantage de son univers bien singulier que l’on retrouve roman après roman.

Citation tirée du roman : « En réalité, être infirmière, ce n’est pas exercer un métier, c’est carrément prendre la relève de Dieu. J’en suis consciente depuis mes premières tournées, mais je n’avais pas imaginé qu’une si noble activité puisse conduire à un désastre. »

  • Le continent du Tout et du presque Rien (Sami Tchak)

Lorsque j’ai commencé à lire ‘Le continent du tout et du presque rien’, j’avais juste l’intention de lire quelques pages avant d’y revenir plus tard. Mais je suis tout de suite rester scotché au roman de Sami Tchak.  

J’aime les œuvres de fiction dans lesquelles j’apprends des choses nouvelles, au travers des différentes péripéties. Ce fut le cas avec ce roman rafraîchissant qui pousse à réfléchir sur les idées produites et véhiculées sur le continent africain.

Un petit mot sur l’auteur : c’est un véritable érudit de la littérature. Il connaît des anecdotes incroyables sur les écrivains de toutes les géographies et l’histoire littéraire n’a aucun secret pour lui. C’est avec grand plaisir que je l’ai écouté lors de différents échanges durant ‘Lire à Douala 2022.’

Passage tiré du roman : “Tout le monde sait nous définir, nous décrire, avec des généralisations, des amalgames, des contradictions. Et nous-mêmes, en général, nous ne parvenons pas à parler de nous sans nous prendre l’esprit et la langue dans les mailles de tous ces discours, de toutes ces images, que l’on déverse de tous les côtés sur nous.”

  • Journal Of A Novel (John Steinbeck)

J’ai découvert John Steinbeck en lisant ‘Des souris et des hommes’. C’est un livre qui m’a marqué et qui m’a conduit à m’attacher à cet auteur américain qui aborde dans une bonne partie de son œuvre des thématiques sociales tout en créant des personnages exceptionnels auxquels on s’attache tellement que l’on ne les oublie pas si tôt achevée la lecture du roman.

Une fois que je m’étais rendu à San Francisco, Californie, j’avais naturellement saisi l’occasion pour visiter le ‘John Steinbeck Center’ situé à Salinas, là où l’auteur avait situé une partie de son œuvre. C’est à cette occasion que j’ai découvert ‘Journal of A Novel’, une série de lettres de l’auteur à son éditeur, des lettres écrites chaque jour pendant la rédaction du roman ‘ À l’est d’Eden’.

Pour un auteur ou une autrice, c’est une lecture passionnante. C’est un peu comme si on regardait par-dessus l’épaule de John Steinbeck pour voir la manière dont le maestro travaille. Le livre foisonne de détails intéressants allant des notes sur l’écriture à la vie quotidienne.

Un passage du livre : “But sometimes in a man or a woman awareness takes place-not very often and always unexplainable. There are no words for it because there is no one ever to tell. This is a secret not kept a secret, but locked in wordlessness. The craft or art of writing is the clumsy attempt to find symbols for wordlessness.”

  • Le koala tueur et autres histoires du Bush (Kenneth Cook)

J’aime les oeuvres comiques. Peut-être que tout cela a commencé avec ‘Le Vieux nègre et la médaille’ qu’un copain m’avait fait lire au collège un peu avant ‘Les bimanes’ de Sévérin Cécile Abéga. Mais ce dernier livre a l’avantage qu’il était au programme scolaire et notre enseignant, un frère canadien, nous l’avait rendu encore plus sympathique. 

Pour entamer ‘Le koala tueur et autres histoires du Bush’, il m’a fallu un peu de courage : la première histoire avait pour titre : Alcool et serpents ! Je lisais en pleine nuit et j’étais à quelques minutes de m’endormir. Mais je suis tombé assez vite sur ce passage où le narrateur retrouvait un monteur de serpent avec lequel il venait de sympathiser :

” Les reptiles ne bougeaient guère, ils semblaient apprécier la chaleur du corps inerte de Blackie. Je le présumais vivant car ses ronflements faisaient vibrer les vitres, mais aucun indice ne me permettais de savoir s’il était dans le coma parce qu’il avait été mordu, simplement ivre mort, ou un mélange des deux.” 

Il y avait longtemps que je n’avais pas autant ri en lisant des nouvelles. Le style de l’auteur est dépouillé quoique les histoires soient aussi percutantes les unes que les autres avec des chutes surprenantes.

  • Le Nez suivi du Manteau (Nicolas Gogol)

Il n y a pas que les noms des personnages russes que j’aime. Mais avec ces noms seulement, on a déjà l’enchantement que l’on cherche lorsqu’on entame une œuvre de fiction.

Ensuite, il m’est facile de me retrouver dans certains personnages et dans certaines situations. Par exemple chez Gogol, des histoires normales peuvent basculer à tout moment dans le fantastique ou l’irrationnel, un peu comme dans les faits divers que l’on retrouve chez nous chaque jour. Vladimir Nabokov rappelle à ce propos ‘[…] L’on aime à rappeler que la différence entre le côté comique et le côté cosmique des choses dépend d’une seule consonne sifflante.

Dans les deux nouvelles  (Le nez et Le manteau) rassemblées dans le livre, on est plongé dans l’univers des fonctionnaires de Pétersbourg des années 1830-1840 et l’auteur fait une satire féroce de la bureaucratie.

Extrait du manteau : ” Le régisseur de collège devait faire son rapport au secrétaire de province, le secrétaire de province s’adressait au conseiller titulaire ou à quelque autre fonctionnaire, et ainsi de suite, en passant par tous les degrés de la hiérarchie. C’est ainsi que les choses se passent dans notre sainte Russie : chacun y joue au chef et copie son supérieur.”

  • L’affaire Pélican (John Grisham)

Enfin, j’ai lu le roman ! Le film, nous l’avons vu dans notre jeunesse au Cinéma Abbia à Yaoundé. Denzel Washington, Julia roberts…

La lecture du thriller m’a ravi. Comme c’est souvent le cas lorsqu’on a déjà vu le film, il y a de nombreux détails intéressants que j’ai retrouvés avec joie dans le livre, détails qui ne sont pas forcément dans le film ou alors qui n’ont pas la même intensité ou la même sensibilité.

Dans ce roman dans lequel Darby Shaw, une brillante étudiante en droit, joue un rôle déterminant dans l’enquête sur les décès tragiques de deux membres de la Cour Suprême des Etats Unis, l’intrigue conduit dans les dédales du monde judiciaire et les problèmes sociaux et politiques s’entremêlent.

Passage tiré du roman : “Certes, cette crise était une aubaine, les sondages continuaient à grimper, Rosenberg avait disparu, l’image de marque du président se trouvait rehaussée dans une Amérique satisfaite de savoir qu’il tenait fermement les rênes du pouvoir, les démocrates se faisaient tout petits, la réélection était dans la poche.”

  • Journal d’un écrivan  en pyjama (Dany Laferrière)

J’avais acheté ce livre grâce à son titre que j’avais trouvé original. Ensuite, j’ai lu le livre par petits bouts, mais sans que cela se fasse de la première à la dernière page. Cela est possible avec cet ouvrage puisque les méditations, les réflexions et les récits sont globalement autonomes.  

En relisant ‘Le journal d’un écrivain’ cette année, je suis parti de la première page à la dernière. Pour quelqu’un qui aime les belles-lettres, la lecture de cet ouvrage est un pur régal, car il y est question d’écriture, de littérature et des écrivains.

Extrait : “Il faut savoir que le vraisemblable n’est pas le vrai. Votre travail, c’est de rendre crédible l’univers que vous avez fait passer par le tamis de votre sensibilité. On écrit avec des mots et non des actes. On parvient à masquer cette déficience avec les images, les métaphores, les comparaisons.”

  • La ferme aux animaux (George Orwell)

Après la fascinante lecture de ‘1984’, j’avais enchaîné presqu’immédiatement avec ‘La ferme aux animaux’ avant de m’interrompre un moment. J’en ai récemment achevé la lecture.

Le livre est une satire historique et politique et l’on peut faire un parallèle avec certains événements ou personnages. À la ferme du manoir, les animaux souhaitent s’émanciper de la tyrannie et de leur exploitation. Il fomente une révolution, mais le rêve de liberté partagé vire progressivement au cauchemar.

Il me semble que George Orwell est un visionnaire qui, avec ses histoires allégoriques, a anticipé certains événements que nous vivons aujourd’hui. De quoi avoir envie d’aller à la découverte de ses autres œuvres.

Extrait : “Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l’homme et de l’homme au cochon, et de nouveau du cochon à l’homme ; mais déjà il était impossible de distinguer l’un de l’autre.”

  • Exercices de Style (Raymond Queneau)

Ce livre est un cadeau reçu il y a quelques années alors que j’étais en mission professionnelle longue durée en France. La personne qui me l’offrait avait bien perçu ma passion pour les jeux de mots et les histoires qu’on tourne dans tous les sens. J’avais aussitôt commencé la lecture ce week-end-là avant de retourner à mes présentations PowerPoint dès le lundi.

Ce n’est que récemment que j’ai pris le temps de savourer chaque variation de l’histoire racontée. ‘Exercices de style’ est en effet une brève histoire racontée quatre-vingt-dix-neuf fois, de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes.

Son auteur, Raymond Queneau, fut l’un des co-fondateurs de l’Oulipo (ouvroir de littérature potentielle) en 1960, un mouvement littéraire prônant l’innovation par le langage. ‘Exercices de style’ arriva donc comme un texte précurseur du mouvement et un exemple probant d’application d’une contrainte en littérature. À noter que l’écrivain français Hervé Le Tellier (prix Goncourt 2020) est un oulipien, ce qui permet de savoir que le mouvement  est toujours dynamique.

Ci-après le début d’une des variations de l’histoire des ‘Exercices de style’. Au Camer, on peut comprendre facilement, surtout en lisant à haute voix : “Un dai vers middai, je tèque le beusse et je sie un jeugne manne avec une grète nèque et un hatte avec une quainnde de lèsse tressés. Soudainement ce jeugne manne bi-queumze crézé et acquiouse un respectable seur de lui trider sur les toses. Puis il reuna sur un site eunoccupé.”

  1. Le Nœud De Vipère (François Mauriac)

La première fois que j’ai lu ‘Le nœud de vipères, j’étais au collège. Nous étions en terminale C et la majorité des élèves n’avait que peu d’intérêt pour la littérature, concentré à résoudre les durs exercices de maths du fameux Maurice Monge.

Notre fringuant et jeune prof de français (Marcellin Vounda) institua un prix de littérature pour nous intéresser davantage à sa matière. Au premier trimestre, j’obtins la meilleure note en français (et en français seulement) et je me retrouvai à lire le roman de François Mauriac pendant les congés de Noël.

Difficile à l’époque de m’identifier au personnage principal qui est un avare âgé qui pense que ses proches ne l’aiment pas et ne s’intéressent qu’à son patrimoine. Le roman est original en ce sens que c’est une confession épistolaire au départ qui se transforme suite à des péripéties en un journal.

En relisant cette année, je suivais l’intrigue avec un regard neuf et j’ai été plus sensible à certains détails. Et j’apprécie davantage le style particulier de l’auteur qui m’a conduit à lire d’autres livres qu’il a écrits.  

Passage tiré du roman : “Et moi, je possédais une espèce de génie. Si j’avais eu, à ce moment, une femme qui m’eût aimé, jusqu’où ne serais-je pas monté ? On ne peut tout seul garder la foi en soi-même. Il faut que nous ayons un témoin de notre force : quelqu’un qui marque les coups, qui compte les points, qui nous couronne au jour de la récompense, – comme autrefois, à la distribution des prix, chargé de livres, je cherchais des yeux maman dans la foule et au son d’une musique militaire, elle déposait des lauriers d’or sur ma tête frais tondue.”

Bonus 1- Evangile Selon Sainte Marque (Thibault Marcel Tsimi)  

J’ai eu l’opportunité de lire le livre de Thibauld Marcel Tsimi avant sa parution officielle. C’est un essai dans lequel le communicateur crée un lien étonnant et détonnant entre le marketing et la religion.

Je n’ai pas été surpris que l’ancien séminariste devenu publicitaire fourmillement d’idées novatrices et originales puisque je me rappelle bien les longues discussions que nous avions en agence de communication.

En cette fin d’année et à lecture de l’ouvrage, je me demande si le postulat de la divinisation des marques ne devient plus évident. Après tout, les temples des produits discutent, et même ravissent la vedette aux temples religieux.

Bonus 2- Indépendants (Aurélien Ludovic Kilama)

Les Indépendants, le roman d’Aurélien Ludovic Kilama a paru en 2022 chez L’Harmattan. J’ai eu l’occasion de l’acquérir et d’échanger avec l’auteur lors de la séance de dédicace à la FNAC de Bali.

J’ai entamé la lecture pour suivre les aventures de quatre jeunes africains de plusieurs nationalités pris dans le tourbillon des indépendances des pays africains dans les années 60. J’aurai sans doute l’occasion de revenir sur ce roman qui contribue à l’appropriation optimale et complète de notre histoire en posant un autre regard sur de nombreux faits.

BOOKS… BOOKS… BOOKS…

En ouvrant un livre et en entrant dans l’univers de l’auteur, nous emmenons aussi le nôtre.

Cette expérience est forcément différente d’un lecteur à un autre. Umbeto Eco pense du reste qu’ ” Un texte est une machine paresseuse qui exige de ses lecteurs qu’ils fassent une partie du travail; autrement dit, un dispositif conçu pour susciter les interprétations. […] En même temps, le lecteur ne peut choisir n’importe quelle interprétation fondée simplement sur sa fantaisie : il doit s’assurer que le texte, d’une façon ou d’une autre, légitime et même encourage une lecture particulière.”

N’hésitez pas à partager avec nous vos lectures de 2022, vos commentaires et vos interprétations !

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EZA Celle Qui Vient De Loin

December 20, 2022 by jmbarga

by Joseph Mbarga

Kala était à la rivière pour faire sa lessive après six journées de dur labeur et le jeune homme allait bientôt achever sa besogne lorsqu’il entendit un craquement de feuilles sèches. Alors, il se tourna et vit arriver de l’autre côté de la rive une jeune femme étrangère au village qui avançait vers le cours d’eau. Elle était coiffée d’immenses nattes noires oscillant sur son dos comme une crinière arachnéenne. Elle sourit. Malgré lui, Kala laissa choir sur le rocher l’habit qu’il lavait.

La belle étrangère s’arrêta tout près de l’eau.

– Y aurait-il ici un héros dont la bravoure serait si grande qu’il aiderait une inconnue à traverser la rivière ? lança-t-elle en posant à même le sol les deux sacs qu’elle portait.

– Un joli sourire créera toujours des héros, répondit Kala à la jeune femme qui continuait de sourire.

Kala s’installa dans une pirogue de pêche échouée sur le sable et fit route vers l’autre grève en maniant avec dextérité la pagaie. Dès qu’il atteignit la rive, la jeune femme mit ses bagages dans la petite embarcation, ajusta le pagne aux motifs multicolores sur ses longues jambes galbées et s’assit devant le piroguier qui entreprit de faire le chemin inverse. Il quitta le premier la barque et aida sa passagère à regagner la terre ferme.

– Je m’appelle Eza, dit la voyageuse en tendant la main au piroguier. Je viens du grand village de So et je suis à la recherche de mes parents.

Kala s’empressa de serrer la main et se présenta à son tour. Ensuite, il rassembla le linge lavé, l’empila dans un panier propre qu’il posa en équilibre sur la tête. Il se chargea ensuite de l’un des sacs d’Eza. Comme elle le pria de la conduire au village Oya qu’elle ne connaissait pas, ils empruntèrent d’abord la voie escarpée, puis zigzaguèrent à travers la forêt et des champs en friche. Et ils s’arrêtaient de temps en temps tous les deux pour souffler, surtout lorsqu’ils se mesuraient à l’une des collines raides bien connues des habitants d’Oya. Chemin faisant, Eza commença à narrer son histoire. Kala apprit ainsi qu’elle n’avait jamais connu ses véritables ascendants. Elle avait été élevée par le roi de So. Des guerriers l’avaient trouvée toute seule grelottant de froid par une nuit sans étoiles, près du cours d’eau que son guide venait de l’aider à traverser. Elle n’était alors qu’un nourrisson. Elle avait grandi dans l’entourage du chef qui l’avait prise en affection. Le chef de So avait compté vingt-et-une grandes saisons de pluies et vingt-deux saisons sèches depuis cette époque. Mais voilà que quelques semaines plus tôt, le souverain de So lui avait dit la vérité. Alors, Eza avait préféré partir d’abord à la recherche de ses géniteurs avant de retourner plus tard à So, et ce, malgré l’opposition du chef.

Une bouillonnante auréole nimbait les cimes des arbres. Parfois, Eza et Kala marchaient près d’un arbre dont les fruits exhalaient un parfum exquis, et toute la forêt semblait un jardin de fleurs à ciel ouvert, traversé de fragrances fraîches et fécondes. La clarté devenait éblouissante à mesure que les deux marcheurs se rapprochaient du village. Ils passèrent devant des maisons de briques de terre et de feuilles de pailles séchées. Devant le domicile de Kala, le jeune homme leva sa main et dit :

– J’habite ici. Nous allons nous arrêter un moment et voir ma mère, et si tu le souhaites, on lui racontera ton histoire. Elle saura peut-être comment te guider sur ton chemin.

Quand Eza raconta à la mère de Kala son histoire, les rides du visage de son interlocutrice se dilatèrent à mesure que le récit avançait. À la fin de l’histoire, l’ancienne resta coite. Et, plutôt que de réagir aussitôt à ce qu’elle venait d’entendre, elle pria Eza d’accepter son hospitalité pour la nuit. Eza hésita et, prétextant qu’on lui avait demandé de se renseigner chez des personnes précises, elle déclina l’invitation dans un premier temps.

– Oui ma fille, mais tu pourras habiter ici et mener tes recherches en toute tranquillité.

Et, se tournant vers son fils Kala, elle ajouta :

– Nous t’aiderons tous ici, tu verras.

Le lendemain, on l’invita à nouveau à rester et il en fut de même pendant les jours qui suivirent. Finalement, on décida qu’Eza ne partirait que lorsqu’elle aurait trouvé la trace des siens.

Eza se mit alors à parcourir le village d’Oya, seule ou avec de la compagnie. Elle entrait dans de nombreux domiciles en racontant partout la même histoire. Elle marchait beaucoup, passait par des sources, des bois ou d’immenses étendues de broussailles inextricables dans lesquelles elle devait se frayer un chemin pour rejoindre le prochain pâté de maisons.

Mais certains jours aussi, Eza allait simplement aider Kala et sa mère dans leurs activités. À la tombée de la nuit, au moment où les lucioles allumaient leurs lanternes intermittentes et lorsque la douce brise vespérale s’élevait et chatouillait les faîtes des arbres majestueux en les faisant frémir en cascade, Eza rejoignait les jeunes du village réunis sous un ciel saupoudré de l’or du soleil couchant. Elle prenait part à de nombreux jeux, écoutait les devinettes et les contes ; ou alors elle narrait elle-même des histoires et proposait des énigmes venues des temps immémoriaux. Les jours de fête, la jeune femme se mêlait aux autres villageois sur la grande cour et se trémoussait au son des balafons. Elle éclipsait alors les autres danseuses par sa beauté et son agilité et les candidats se bousculaient pour qu’elle leur accordât une danse.

De jour en jour, tout le village appréciait davantage Eza. Sa gentillesse séduisait les gens. Bientôt, on ne la considéra plus comme une étrangère.

** *

Une petite saison sèche s’était déjà écoulée depuis que Eza était arrivée à Oya. Ses recherches demeuraient infructueuses. Ce fut à ce moment qu’on lui conseilla d’aller voir Koul.

Koul était le plus âgé de tous les notables. Le roi écoutait particulièrement ses conseils avisés ; il demeurait proche des habitants du village, et on allait le consulter pour diverses raisons. Eza s’en alla donc le trouver pour lui parler dans le détail de sa quête. Elle fut frappée par sa peau parcheminée et son épaisse barbe blanche. Le vieillard l’écouta sans mot dire tout en fumant sa pipe, mais son regard s’était progressivement allumé comme un feu s’étendant sur une terre en jachère. Lorsque Eza eut fini de parler, Koul lui demanda de revenir le voir le lendemain.

Le lendemain, la contrée fut réveillée par les croassements d’une armée de corbeaux ; les oiseaux furent si nombreux que personne n’eut le courage d’aller travailler. Un calme absolu étendit son voile sur le village. Finalement, le batteur de tam-tam annonça une tragique nouvelle : Mona, la femme du chef, était décédée.

Tous les pâtés de maisons d’Oya portèrent le deuil pendant trois jours. Le troisième jour correspondait à l’enterrement de Mona, puis, petit à petit, la vie reprit son cours normal.

Très vite, il fallut trouver une épouse au chef comme l’exigeait la tradition. Mos, détenteur de la couronne, devait impérativement choisir pour compagne une jeune femme vivant sur son territoire. Après mûre réflexion et aidé par le conseil des sages, sa préférence alla à la belle et mystérieuse jeune femme dont tout le monde disait du bien.

Eza reçut un véritable choc lorsqu’elle apprit que le chef l’avait choisie comme épouse. Un brouillard épais recouvrait davantage le chemin qui menait à la découverte de son histoire personnelle, à l’élucidation des questions qu’elle se posait sur sa vie et sur son passé. L’idée de retourner chez son père adoptif effleura son esprit, mais on l’en dissuada vivement. On lui dit qu’il n’était pas prudent de repousser les avances du roi. D’ailleurs, toutes celles qui avaient opté pour cette incongruité par le passé avaient été frappées d’anathème. Et leurs descendants étaient encore marqués du sceau de l’infortune plusieurs générations après.

C’est ainsi que malgré elle, dans une torpeur de laquelle il fallut sans cesse la sortir et qui n’avait d’égale que l’engourdissement d’une vipère après déglutition de sa proie, Eza réunit ses petites affaires pour rejoindre la demeure du souverain de So. Elle remercie longuement Kala et sa mère qui lui avaient offert l’hospitalité. Dans la petite cour de la maison pleine de nombreuses personnes pour l’occasion, on souhaita à Eza de réussir dans sa nouvelle vie. Elle ferait du bien à tout le village, cela était certain. Elle partit ensuite avec les notables, les larmes aux yeux tandis que Kala, adossé contre un arbuste, avait le cœur serré. Au fond d’elle, Eza savait qu’il lui faudrait du temps pour faire le deuil de la vie simple, joyeuse et insouciante qu’elle avait menée pendant des semaines.

Avant de devenir pleinement l’épouse du roi, elle devait suivre une initiation pendant une saison entière de pluies. Eza mangea peu, dormit plus que la normale et demeura taciturne pendant les premiers jours de sa présence dans la concession du chef. Puis arriva la longue saison des pluies. Dans la forêt, les arbres se recouvraient de feuilles vertes. Des fleurs fraîches et multicolores donnaient au paysage un sourire radieux. Eza commença son initiation.

Auparavant, Mos s’était rendu dans un village voisin pour une visite. Depuis qu’il était parti, les populations d’Oya avaient déjà compté dix couchers de soleil. Comme il ne devait pas y mettre tant de temps, elles commencèrent à se poser de nombreuses questions. Lasse d’attendre, la cour dépêcha deux messagers pour retrouver le chef et sa suite. Mais ceux-ci rentrèrent bredouilles. Dès l’annonce de cette effrayante nouvelle, des guerriers intrépides, qui avaient fait leurs preuves en d’autres circonstances, furent envoyés sur les traces de Mos le chef. Affrontant divers dangers, ils fouillèrent jour et nuit dans les coins et les recoins l’étendue séparant les deux villages. Mais leurs recherches demeurèrent infructueuses. Personne ne put réussir à dire ce qui était exactement arrivé au souverain et à sa délégation. Un mauvais sort semblait s’acharner sur Oya. D’ailleurs, même Eza avait aperçu Zombo, le gorille qui s’était montré deux jours durant sur la colline qui surplombait le palais du chef. Ses apparitions n’étaient jamais fortuites. Elles exprimaient toujours le mécontentement des ancêtres. À ces moments, il devenait impératif d’envoyer le plus âgé des notables recueillir le message des aïeux. Koul dormit pendant trois nuits au sommet de la colline où était apparu le gorille.

À son retour, il réunit le conseil des sages. Celui-ci débattit longuement du message que Koul avait reçu sous la forme d’un rêve la troisième nuit. Il en ressortit que les aïeux n’étaient pas satisfaits de la façon dont s’exerçait la gouvernance du chef. Koul fit aussi de nombreuses révélations sur les derniers événements. Les sages discutèrent alors de la meilleure manière de sortir le village de la tourmente qu’il traversait et achevèrent leur concertation par la désignation d’Eza comme la nouvelle reine d’Oya.

Après la réunion, Koul alluma sa pipe et alla retrouver Eza. Il lui parla avec précaution et déférence de l’histoire du village et des derniers événements. Puis il marqua une pause et dit :

– Tu es la nouvelle reine d’Oya, notre souveraine à tous.

Eza demeura confuse un bon moment, incapable d’articuler la moindre parole. Elle ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Elle joignit ses lèvres avant de les tordre dans une grimace, tandis que ses genoux se cognaient l’un et l’autre avec frénésie. “Hum” dit-elle pendant qu’elle essayait de joindre ses deux mains devant elle pour se donner force et consistance.

– Je ne veux pas, dit-elle lorsqu’elle parvint enfin à réunir ses mains. Laissez-moi plutôt m’en aller à présent. Je vais rentrer dans mon village.

– Reine Eza, il est trop tard hélas pour partir, reprit calmement Koul. Tu es ici chez toi, tu as parlé avec les tiens ces derniers temps. C’est toi qui amèneras les changements dont on a besoin comme nos aïeux me l’ont révélé.

– Mais père, supplia Eza, je suis venu ici chercher ceux qui m’ont donné la vie.

Le vieil homme assis en face d’Eza tira plusieurs bouffées de sa pipe, puis rejeta une épaisse couche de fumée qui se balada quelque temps dans le vide en formant des arabesques. Il se racla la gorge et parla :

– Ta mère s’est tuée il y a quelques temps quand je lui ai parlé de l’entrevue que nous avions eue, et ton père a disparu récemment. Désormais, je suis là pour te servir et te conseiller.

Un silence pesant enveloppa la pièce. Cette révélation eut pour effet de paralyser Eza qui resta à nouveau bouche bée pendant un long moment.

– Mon père était donc Mos et ma mère Mona ? demanda-t-elle enfin.

– Oui, répondit Koul, impassible.

– Que se serait-il passé si Mos et moi…

– Cela ne pouvait arriver, interrompit le sage. La tradition stipule que tant que la compagne du chef n’a pas achevé son initiation, elle ne peut partager le même lit que lui. Cette période est justement faite pour éviter de nombreux désagréments.

Eza demanda par la suite à son interlocuteur de lui expliquer comment Mos et Mona étaient ses parents. Koul lui dit alors que sa mère avait vu en songe qu’elle aurait une unique enfant et que celle-ci pourrait épouser son père et devenir reine. Consternée, lorsque l’enfant était arrivée, sa mère l’avait abandonnée à sa naissance près d’une rivière à la frontière avec le village voisin de So, en conflit à l’époque avec Oya. C’était certainement là qu’elle avait été recueillie par les guerriers qui l’avaient conduite chez le chef de leur village.

Plus tard au cours de leur entretien, Koul dit à Eza qu’il n’était pas souhaitable que celle qui allait présider aux destinées d’Oya restât seule. Elle devait impérativement trouver un époux dans la contrée.

Ce jour même, Kala fut amené au palais royal. C’était la première fois qu’il foulait le sol de ce pittoresque édifice. Dès l’instant où il avait vu Eza à la rivière, son cœur avait été illuminé par une flamme ardente dont le feu ne s’était jamais éteint. Il n’avait cessé de se perdre en douces rêveries enluminées par le visage d’Eza. Mais le jour où elle était partie s’installer au palais, il avait perdu tout espoir de lui exprimer sa passion.

On laissa Kala dans une pièce. Il lui sembla quelques instants que son ventre se creusait et que son souffle allait se couper. Eza était là devant lui. Elle souriait. C’était le même sourire envoûtant que lorsqu’il l’avait vue pour la première fois à la rivière. Au bout d’un moment, il bredouilla :

– C’est vrai… que c’est moi qui…

– Oui, c’est vrai, dit Eza.

– Euh… euh… je… n’ai pas arrêté de penser à toi.

– Tu sais Kala, il y a bien longtemps que tu hantes mes nuits, reprit Eza.

Dehors, Koul donnait l’ordre au batteur de tam-tam d’annoncer pour les jours à venir le prochain mariage d’Eza et l’intronisation future de la première reine d’Oya.

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5 RAISONS CRUCIALES DE CREER ET DE MULTIPLIER DES MUSEES DU FOOTBALL AU CAMEROUN

December 8, 2022 by jmbarga

Où sont passés nos trophées gagnés lors des différentes CAN ?

“Que sont-ils devenus ?” pour reprendre le titre d’une célèbre émission de télévision. Ils ne sont pas nombreux les Camerounais qui ont une information précise des lieux où ils peuvent  revenir sur les exploits de notre équipe nationale de foot ou celles des différents clubs camerounais dont l’histoire a marqué notre continent tout entier. À supposer que ces lieux de souvenirs sportifs existent, ils ne sont connus que de quelques personnes privilégiées. Et voilà que le foot, sport populaire par excellence, se retrouve réservé à une élite.

Nous devons multiplier des espaces permettant à tous de revivre les exploits produits par le foot, à la fois pour le côté ludique, pour garder et entretenir l’esprit de gagne et pour nourrir notre mémoire collective.

Rassembler Davantage Les Camerounais

Plus que tout autre sport ou activité, le football mobilise les Camerounais derrière leur équipe nationale lors de grandes compétitions continentales ou mondiales. C’est le moment où nous laissons nos petites divergences pour produire un discours fédérateur. Nous louons nos joueurs, ces héros, et blâmons nos adversaires du jour ou de la période.

L’engouement des Camerounais pour le ballon rond est constant et s’amplifie même au fil du temps. On a pu le voir récemment, lors de la dernière CAN. Des personnes jusque-là réfractaires aux activités et autres discussions footballistiques se sont passionnées pour la compétition. Pour certains, l’excitation augmentait à mesure que les Lions Indomptables avançaient dans le jeu.

Il s’en suit qu’il est essentiel de prolonger cet engouement commun. Et amplifier cette harmonie. Nous devons multiplier en dehors des stades les lieux de rassemblement et de célébration du football et de ses valeurs. Des endroits qui prolongeront la communion entre Camerounais.

Multiplier Les lieux De Mémoire à Travers Le Pays

Célébrons-nous suffisamment les personnes qui ont marqué en bien la marche de notre pays ? Prenons-nous le temps de mesurer l’impact qu’elles ont eu dans le devenir de notre nation ? Quelle place leur réservons-nous dans notre marche que nous espérons glorieuse vers le futur ?

Vu l’importance prise par le foot chez nous, les musées peuvent devenir des lieux de mémoire avec les différents objets qu’ils sont capables de renfermer. Ces endroits inspireraient du reste nos villes, nos communautés et notre pays tout entier pour prendre au sérieux la question des repères de la nation au travers d’empreintes tangibles et intangibles. Il sera plus facile de partir d’un sujet suscitant un grand intérêt pour avancer vers d’autres thématiques. Voilà comment nous devenons capables de dire chaque jour qui nous sommes et d’où nous venons. C’est aussi là que des touristes viendront s’imprégner de notre vie, d’un peu de notre culture et de notre histoire.

On insistera jamais assez sur la nécessité de bien entretenir des objets de valeur que nous avons l’heur de détenir aujourd’hui, qu’ils s’agissent d’infrastructures ou de trophées. Et puis qui peut connaître l’impact qu’aura sur un enfant la vue et la contemplation des godasses chaussées par le légendaire gardien de but Thomas Nkono lors d’un match épique ? Dans un musée, l’écoute d’un reportage fougueux d’un journaliste convaincra peut-être la fillette ou le garçon fasciné par ledit reportage d’embrasser à son tour le métier de journaliste spécialisé(e) dans le sport.

Dynamiser l’Économie Du Sport

C’est un fait : les victoires boostent le moral des agents économiques. Si l’euphorie des succès lors de grandes compétions internationales permet généralement aux pays vainqueurs de regagner une certaine confiance, les spécialistes spéculent très souvent sur l’incidence réelle pour l’économie. On s’accorde toutefois sur le fait qu’il y a habituellement une inflexion à la hausse de l’économie, aussi légère soit-elle. Preuve que l’impact du sport en général et du football en particulier sur l’économie est concrète.

C’est dans ce contexte que les revenus générés par les visites de musées dédiés au foot – au niveau des clubs, des villes ou à l’échelle du pays -, peuvent contribuer à l’économie du sport qui prend de l’ampleur de jour en jour. Faire vivre notre riche histoire footballistique peut dynamiser de façon progressive l’économie du sport de façon globale.

Les musées de football au Cameroun pourraient aussi rassembler dans ces différents lieux les nombreux écrits des auteurs locaux et d’ailleurs sur ce jeu. Question de prolonger la réflexion sur les enjeux et l’impact de ce sport. Par exemple, que sont devenues les thèses avancées par le centralien Emmanuel Bityéki dans son ouvrage ‘Fondements mathématiques du football” ? Les théories de ce livre sont-elles toujours d’actualité ?

Augmenter l’Offre De Loisirs Sains

Nous devons renforcer les loisirs sains dans nos cités. C’est en multipliant les activités et en présentant à la jeunesse plusieurs types de modèles qu’elle choisira ceux qui lui conviennent le mieux. Un petit tour au Musée Maritime au quartier Bonanjo à Douala prouve à loisir que lorsqu’on présente au public des activités originales, les visiteurs répondent présent.

Si les musées de football créé des expériences uniques à travers le pays, le succès sera au rendez-vous. Et créer des expériences originales et peu coûteuses est tout à fait possible aujourd’hui. L’utilisation de la technologie par exemple permet de présenter des parcours interactifs. Gamification et réalité virtuelle plongent les visiteurs dans divers lieux saisissants de réalisme.

Pour le reste, les musées pourraient présenter des trophées réels, des replicas divers, des hall of fame. Des exhibitions et autres expositions temporaires compléteraient le tableau. Et puis, il y a ces nombreux artistes ayant travaillé dans le domaine du football : photographes, sculpteurs, peintres et autres écrivains. Ces créateurs trouveraient dans les différents musées dédiés au foot des espaces propices pour présenter leur travail et trouver un public attentif.

Préparer Les Victoires Futures du Pays

Les musées de foot au Cameroun vont entretenir le culte de l’effort et ce mental de gagnant (hemlé) qui se transmet de génération en génération. Les aspirant(e)s à la pratique du foot auront à cœur de suivre le modèle flamboyant des aînés.

Il en vient que ces lieux ludiques initieront à leur façon la construction des victoires futures. Tous les visiteurs se frotteront aux valeurs morales des règles du jeu de ce sport collectif où on obtient une victoire grâce à la synergie des énergies individuelles.

Enfin, on se souviendra des défaites pour tirer les leçons utiles. On se remémorera les drames avec l’espoir et la ferme volonté de tout mettre en œuvre pour ne faire triompher que la joie de jouer et le plaisir de voir jouer.

Redisons-le : il est important de bien conserver nos trophées et d’entretenir le souvenir de nos exploits au foot comme ailleurs. Nous devons mettre sur pied des musées de football un peu partout dans le pays. C’est ainsi que les Camerounais continueront à se rassembler autour des icônes qui ont marqué l’histoire du football chez nous. La célébration de nos héros et l’entretien des lieux de mémoire dynamisera l’économie du sport et préparera les victoires ultérieures tout en offrant aux citoyens une offre plus variée de loisirs. De quoi donner de la joie aux adultes et faire briller les yeux des enfants.

Donnons le coup d’envoi sans plus attendre !

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Des Points Communs Entre Le Football Et La Littérature

December 1, 2022 by jmbarga

C’est vrai….

À l’heure où la planète entière vibre au rythme du football, faire un rapprochement de ce sport avec la littérature peut paraître surprenant.

Et pourtant, en regardant les choses de près, l’on s’aperçoit très vite que le football et la littérature partagent de nombreux points communs. De tout temps, les écrivains ont été captivés par le ballon rond. Et, au-delà du fait que les deux métiers réussissent à agréger une large gamme d’émotions, les virtuoses du foot et de l’écriture ont de nombreuses similitudes.

Écrire Un Roman Est Semblable À Un Entraînement De Foot

Écrire un livre nécessite de travailler un certain temps dans l’anonymat. On répète les mêmes actions : rédiger une phrase, la corriger, l’améliorer ou la déplacer ici ou là dans le manuscrit. Un peu comme à l’entraînement de foot où l’on refait les mêmes exercices pour préparer une attaque ou défendre en ligne le cas échéant.

Rédiger un gros livre peut être aussi exténuant que parvenir au bout d’une grande compétition sportive. Pendant le processus, on y met ses forces de la première phrase du premier chapitre à la toute dernière de la scène finale, à la manière du défenseur qui ne lâche rien de la première minute du premier match à la l’ultime seconde de la rencontre qui donne la victoire finale.

Avant d’arriver à la rédaction proprement dite d’un roman par exemple, on prend le temps d’apprendre en gardant à l’esprit les modèles auxquels on souhaite ressembler. Dans le foot comme dans les belles-lettres, l’imitation n’est pas une limitation. L’écrivain camerounais Réné Philombe (Philippe Louis Ombedé) dit à ce propos : ” Moi aussi, j’ai imité avant d’atteindre une certaine imitation différentielle, l’instant qui précède la libre création où l’élève est totalement affranchi. Après, on crée véritablement.”

Le Football Fascine Les Écrivains

Dans un article au journal Libération, Mongo Beti raconte comment dans les années 30, il fabriquait des ballons de foot. J’ai lu quelque part qu’Aimé Césaire aimait le ballon rond et qu’il avait été un bon gardien de but ; il en est de même pour l’écrivain camerounais Eugene Ebodé qui a gardé la cage du club Dragon de Douala et a même été un international junior. Je ne sais pas si les écrivains ont une prédilection pour le poste de gardien de but puisque Albert Camus n’est pas étranger à ce poste, lui qui a joué au Racing Universitaire Algérois et qui affirme : « Vraiment le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football.”

À première vue, on serait pourtant tenté de trouver antinomiques le foot et la littérature, dans une sorte d’opposition entre d’une part le corps viril et parfois capable de violence et d’autre part la finesse ou l’élégance cérébrale des bons mots. En réalité, les écrivains se sont toujours passionnés pour le football, certains l’ont pratiqué, d’autres ont écrit sur ce fabuleux sport. Il serait sans doute fastidieux d’énumérer ici tous les livres qui tournent autour du football, même seulement dans le cadre de la fiction.

Peut-être que la fascination particulière qu’exerce le football sur les auteurs tient au fait ces derniers sont en admiration devant des gestes techniques ingénieux et dont ils pourraient se souvenir au moment de rédiger la fameuse phrase qui sera aussi majestueuse qu’un lob de Vincent Aboubacar.

Le créateur génial utiliserait sa tête pour trouver l’inspiration chez le talentueux artiste du pied. Un génial contre-pied ?

Le Football et La Littérature Transmettent Des Émotions

Le monde du foot comme celui de la littérature est celui de la passion et des émotions fortes. Dans un livre, un univers s’ouvre à nous. Nous devenons des spectateurs des personnages qui prennent vie sous nos yeux. Au football, nous sommes aussi témoins dans des tribunes ou devant la télé de cette séquence de vie dans laquelle des personnes se déploient sur un terrain avec un ballon. Presque tout le monde connaît les règles du football, chacun est capable du moins de savoir quand une équipe a marqué un but. Et qui ignore les règles d’un roman dont il suffit simplement d’ouvrir la première page et de suspendre le jugement moral comme le rappelle Milan Kundera ?

À la fin du match ou après la dernière phrase, l’imagination prend le relais. C’est ainsi qu’on continuera de faire des commentaires sur les traits de caractère d’un personnage qui ne nous quitte pas, ou alors pour ce qui est du ballon rond, on parlera encore et encore de la vitesse d’exécution d’un attaquant ou des parades épiques d’un gardien de but. Et on peut avoir des regrets : ah, si seulement dans le roman, tel protagoniste avait anticipé tel événement ou bien, si seulement le milieu de terrain de son équipe favorite était allé au contact du joueur adverse sur le corner. Comme les choses auraient été différentes alors !

Bref, on refait le match ; on refait le monde. On s’identifie à des héros et on entretient des légendes et… parfois des chimères.

Littérature Et Football Sont Des Industries Populaires Et En Perpétuelle Évolution

Au départ, pour taper sur un ballon, on n’a pas besoin de chaussures avec crampons. De la même manière, il n’est point nécessaire d’avoir le plus gros ordinateur pour taper le texte d’un bestseller. Contrairement à de nombreux domaines, la littérature et le football sont presque accessibles à tous !

Comme les belles-lettres, le ballon rond dit de nombreuses choses sur les époques. Avec le libéralisme et la mondialisation, certaines pratiques se généralisent. Dans certaines géographies, le transfert des stars de la littérature d’une maison d’édition à une autre se fait désormais à coups de millions. Autre similitude, des agents travaillent avec les écrivains comme leurs confrères encadrent les joueurs. Par conséquent, si certains observateurs trouvent que les schémas tactiques à l’infini amoindrissent le talent brut de certains joueurs particulièrement doués, d’autres remarquent que certains écrits, – surtout dans la fiction dite populaire – manquent d’un brin de folie à force de suivre des canevas prédéfinis.

Investir Sur La Littérature Comme Sur Le Foot


À l’énumération des nombreux points entre le football et la littérature, on pourrait pousser l’analyse vers d’autres aspects pour ce qui est de notre pays. Par exemple, ces dernières années, de nombreux efforts consentis pour développer le football. Ce sont des actions à encourager. Mais aujourd’hui, il faut aussi construire de splendides bibliothèques sur l’étendue du territoire national à l’instar des grands stades de football dont le maillage va croissant dans les régions.

De même, maintenant que l’on travaille de manière sérieuse à obtenir un championnat local performant, à multiplier des académies et autres structures pour former les champions de demain, l’on doit mettre en place de structures efficace avec des parties prenantes pertinentes pour rendre plus performante l’industrie locale du livre.

C’est de cette manière que le Cameroun continuera à rester le pays de Mongo Beti et de Roger Milla. C’est ainsi qu’au fin fond de l’un de nos quartiers, un enfant continuera de rêver à la vue d’un ballon de football ou en contemplant la couverture chatoyante d’un livre, avant d’exploser à la face du monde.

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4 Livres Époustouflants Que J’ai Lus En  Écrivant Le Roman Derrière Le Sourire Du Masque

August 12, 2022 by jmbarga

Il y a des auteurs de fiction qui arrêtent de lire pendant qu’ils écrivent. Ils souhaitent se mettre à une distance raisonnable de toute influence d’autres écrits pour être entièrement à l’écoute de leur authentique voix intérieure. Ils évitent de lire de la fiction, mais peuvent aussi inclure dans leur restriction des livres de non-fiction. 

Moi, je continue allégrement de lire toutes sortes d’ouvrages même lorsque je suis en plein travail créatif, d’autant que je pense que lecture et écritures sont deux activités complémentaires.

Je me rappelle donc très bien de quatre livres que j’ai adorés lire avant d’entamer la rédaction de mon roman Derrière le sourire du masque ou pendant que j’étais déjà en train de l’écrire.

Les Damnés De la Terre (Frantz Fanon)

J’ai longtemps conservé une citation de Frantz Fanon que j’avais recopiée quelque part : « Chaque fois qu’un homme a fait triompher la dignité de l’esprit, chaque fois qu’un homme a dit non à une tentative d’asservissement de son semblable, je me suis senti solidaire de son acte. » Ce n’est que plus tard que j’ai lu le très célèbre  ‘Peau noire, masques blancs’ d’où est tiré ce fragment.

Mais c’est Les damnés de la terre qui est présenté comme le testament politique de Frantz Fanon, lui qui rêvait d’une libération totale des peuples et des individus opprimés. L’avènement d’un ‘homme neuf’, fil d’Ariane de cet ouvrage, est plus que jamais d’actualité chez nous.

 Il est frappant de voir que Frantz Fanon a écrit en quelques années 4 livres majeurs – en plus de ses écrits journalistiques – et qu’il est décédé à l’âge de 36 ans seulement. D’ailleurs, le livre a paru quelque temps avant sa mort. L’homme aura ainsi connu une vie courte mais un parcours dense et flamboyant !

Une citation tirée du livre : « Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. »

L’Art Et L’Artisanat Africains (Engelbert Mveng)

Je me souviens encore aujourd’hui, des messes tranquilles de cinq heures du soir à la Cathédrale Notre Dame Des victoires de Yaoundé. Tout petit, j’étais fasciné par la mosaïque derrière l’autel et j’avais déjà appris à l’époque qu’elle avait été conçue par le révérend Père Engelbert Mveng.

Je n’ai pas eu la chance de lire le recueil de poèmes Balafoncomme certaines générations de lycéens. C’est pendant des recherches sur l’écriture de mon roman que j’ai décidé de m’intéresser au livre du brillant intellectuel camerounais intitulé ‘L’art et l’artisanat africains’.

Un des points captivant dans la lecture de cet ouvrage est le fait que son auteur rétablit le sens donné à la fabrication de certains objets dans nos terroirs. Par exemple, il s’appesantit sur la fonction liturgique des masques qui étaient généralement réalisés par des personnes initiées. Engelbert Mveng était aussi un historien chevronné, et dès lors il replace de manière didactique et logique certains faits dans leur contexte.

Une citation tirée du livre « L’artisanat africain ne doit pas être relégué dans les musées ni être réduit à la fabrication en série d’objets utilitaires et laids »

Il s’appelait Sankara (Sennen Andriamirado)

Voici un livre que j’ai acheté un jour chez un bouquiniste ambulant quelque part dans un tournedos. Vous connaissez bien ces situations où le vendeur arrive et vous vante si bien le contenu d’un ouvrage qu’il parvient à vous distraire de votre poisson braisé…

 L’ouvrage raconte avec force détails les événements du 15 octobre 1987 au Burkina Faso qui ont conduit à l’élimination brutale de Thomas Sankara et au traumatisme de nombreux Africains qui suivaient de près la manière dont se déroulait la révolution entamée en 1983. La vision puissante, les actions concrètes et les résultats probants obtenus par Sankara durant son bref pouvoir traversent le livre de part en part et on ne peut que se demander ce qui serait passé si l’idéal initial de la révolution avait vécu.

 Sennen Andriamirado, l’auteur du livre, a travaillé à Jeune Afrique et a écrit, entre autres, deux ouvrages importants sur Thomas Sankara. En lisant ‘Il s’appelait sankara’, on sent que la personnalité et les idées de l’ancien homme fort du Faso avaient manifestement marqué le journaliste malgache décédé en 1997.

Une citation tirée du livre: « Il est certain que Sankara, visionnaire, a vu quelques mirages. Mais l’espoir qu’il a suscité, en particulier parmi les jeunes Africains, fût-ce au nom d’un idéal irréalisable, en a fait un mythe. En le tuant, ses assassins ont contribué au mythe »

Décoloniser L’Esprit (Ngugi wa Thiong’o)

Il y a plusieurs années, en déambulant dans les allées du Salon du Livre de Paris, je m’étais arrêté sur le stand ‘Livres et auteurs du Bassin du Congo’. C’est là que je suis tombé sur le livre Décoloniser L’Esprit de Ngugi wa Thiong’o. 

C’est un petit essai robuste dont la lecture est instructive pour tout auteur africain. D’ailleurs, c’est grâce à ce livre que je suis allé lire Les damnés de la terre puisque Ngugi wa Thiong’o estime qu’il s’agit d’un livre primordial pour tout écrivain africain. Décoloniser L’Esprit est pour son auteur l’ouvrage auquel il dit « adieu à l’anglais », l’écrivain ayant décidé d’utiliser désormais sa langue maternelle dans ses textes. Pour lui en effet, les cultures africaines sont en danger et nos langues ont un rôle important à jouer pour nous permettre de rester en contact avec nous-mêmes.  

Ngugi wa Thiong’o, seul auteur encore vivant de notre liste, est l’exemple même de l’écrivain engagé avec une œuvre riche et variée.

Une citation tirée du livre : « Chaque langue en tant que culture est la mémoire de l’expérience collective d’un peuple à travers l’histoire. Pas de culture sans langue pour permettre son apparition, sa croissance, sa sédimentation, son explication et sa transmission de génération en génération. »

Et Aujourd’hui ?

En plus de leurs idées, les auteurs ou les personnages évoqués dans les livres énumérés dans cet article sont ou ont été des hommes d’action. Les fresques et autres objets d’art d’Engelbert Mveng embellissent de nombreux espaces à travers le monde. Ngugi wa Thiong’o a de manière pratique commencé à écrire en kikuyu.

Quant à Thomas Sankara et Frantz Fanon, ce sont des personnalités qui ont consacré leur vie relativement courte à la poursuite d’un idéal. En étudiant le parcours de ces deux avant-gardistes, il me vient à l’esprit cette citation de Martin Luther King, une autre personnalité active : «Tant qu’un homme n’a pas découvert quelque chose pour lequel il serait prêt à mourir, il n’est pas à même de vivre. »

Il n’est pas surprenant qu’il y ait un engouement pour les idées de ces visionnaires par les nouvelles générations. Et par toutes les personnes qui sont en quête d’authenticité aujourd’hui.

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