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jmbarga

10 Livres Lus Et Approuvés En 2022

December 30, 2022 by jmbarga

Toute lecture s’inscrit dans le temps et dans notre histoire personnelle.

Une partie des souvenirs que nous gardons en effet d’une annĂ©e est parfois liĂ©e Ă  nos lectures. Nous nous rappelons alors le moment et le lieu oĂč nous avons lu un roman captivant par exemple.

Les livres eux-mĂȘmes nous apprennent d’innombrables choses sur des Ă©poques anciennes, rĂ©centes ou actuelles.

Dans l’immĂ©diat, j’ai choisi de marquer un temps d’arrĂȘt pour partager 10 ouvrages dont j’ai achevĂ©s la lecture ou la relecture en 2022.

Les 700 aveugles de Bafia (Mutt Lon)

Qui ne connaĂźt pas Mutt-Lon et son incroyable roman ‘Ceux qui sortent la nuit’ ? Mais au risque de vous embarquer dans ce livre Ă©pique et de nous plus en sortir, retrouvons vite ‘Les 700 aveugles de Bafia’.

C’est une belle histoire bien ancrĂ©e dans notre pays. On y retrouve des personnages locaux et expatriĂ©s dont certains qui ont rĂ©ellement existĂ©. D’ailleurs, c’est avec un fait historique authentique que le romancier a bĂąti avec brio son intrigue.

J’ai eu l’opportunitĂ© de discuter avec l’auteur durant l’Ă©vĂ©nement ‘Lire Ă  Douala 2022’. Évidemment, cela a permis de comprendre sa dĂ©marche originale et de m’imprĂ©gner davantage de son univers bien singulier que l’on retrouve roman aprĂšs roman.

Citation tirĂ©e du roman : « En rĂ©alitĂ©, ĂȘtre infirmiĂšre, ce n’est pas exercer un mĂ©tier, c’est carrĂ©ment prendre la relĂšve de Dieu. J’en suis consciente depuis mes premiĂšres tournĂ©es, mais je n’avais pas imaginĂ© qu’une si noble activitĂ© puisse conduire Ă  un dĂ©sastre. »

  • Le continent du Tout et du presque Rien (Sami Tchak)

Lorsque j’ai commencĂ© Ă  lire ‘Le continent du tout et du presque rien’, j’avais juste l’intention de lire quelques pages avant d’y revenir plus tard. Mais je suis tout de suite rester scotchĂ© au roman de Sami Tchak.  

J’aime les Ɠuvres de fiction dans lesquelles j’apprends des choses nouvelles, au travers des diffĂ©rentes pĂ©ripĂ©ties. Ce fut le cas avec ce roman rafraĂźchissant qui pousse Ă  rĂ©flĂ©chir sur les idĂ©es produites et vĂ©hiculĂ©es sur le continent africain.

Un petit mot sur l’auteur : c’est un vĂ©ritable Ă©rudit de la littĂ©rature. Il connaĂźt des anecdotes incroyables sur les Ă©crivains de toutes les gĂ©ographies et l’histoire littĂ©raire n’a aucun secret pour lui. C’est avec grand plaisir que je l’ai Ă©coutĂ© lors de diffĂ©rents Ă©changes durant ‘Lire Ă  Douala 2022.’

Passage tirĂ© du roman : “Tout le monde sait nous dĂ©finir, nous dĂ©crire, avec des gĂ©nĂ©ralisations, des amalgames, des contradictions. Et nous-mĂȘmes, en gĂ©nĂ©ral, nous ne parvenons pas Ă  parler de nous sans nous prendre l’esprit et la langue dans les mailles de tous ces discours, de toutes ces images, que l’on dĂ©verse de tous les cĂŽtĂ©s sur nous.”

  • Journal Of A Novel (John Steinbeck)

J’ai dĂ©couvert John Steinbeck en lisant ‘Des souris et des hommes’. C’est un livre qui m’a marquĂ© et qui m’a conduit Ă  m’attacher Ă  cet auteur amĂ©ricain qui aborde dans une bonne partie de son Ɠuvre des thĂ©matiques sociales tout en crĂ©ant des personnages exceptionnels auxquels on s’attache tellement que l’on ne les oublie pas si tĂŽt achevĂ©e la lecture du roman.

Une fois que je m’Ă©tais rendu Ă  San Francisco, Californie, j’avais naturellement saisi l’occasion pour visiter le ‘John Steinbeck Center’ situĂ© Ă  Salinas, lĂ  oĂč l’auteur avait situĂ© une partie de son Ɠuvre. C’est Ă  cette occasion que j’ai dĂ©couvert ‘Journal of A Novel’, une sĂ©rie de lettres de l’auteur Ă  son Ă©diteur, des lettres Ă©crites chaque jour pendant la rĂ©daction du roman ‘ À l’est d’Eden’.

Pour un auteur ou une autrice, c’est une lecture passionnante. C’est un peu comme si on regardait par-dessus l’Ă©paule de John Steinbeck pour voir la maniĂšre dont le maestro travaille. Le livre foisonne de dĂ©tails intĂ©ressants allant des notes sur l’Ă©criture Ă  la vie quotidienne.

Un passage du livre : “But sometimes in a man or a woman awareness takes place-not very often and always unexplainable. There are no words for it because there is no one ever to tell. This is a secret not kept a secret, but locked in wordlessness. The craft or art of writing is the clumsy attempt to find symbols for wordlessness.”

  • Le koala tueur et autres histoires du Bush (Kenneth Cook)

J’aime les oeuvres comiques. Peut-ĂȘtre que tout cela a commencĂ© avec ‘Le Vieux nĂšgre et la mĂ©daille’ qu’un copain m’avait fait lire au collĂšge un peu avant ‘Les bimanes’ de SĂ©vĂ©rin CĂ©cile AbĂ©ga. Mais ce dernier livre a l’avantage qu’il Ă©tait au programme scolaire et notre enseignant, un frĂšre canadien, nous l’avait rendu encore plus sympathique. 

Pour entamer ‘Le koala tueur et autres histoires du Bush’, il m’a fallu un peu de courage : la premiĂšre histoire avait pour titre : Alcool et serpents ! Je lisais en pleine nuit et j’étais Ă  quelques minutes de m’endormir. Mais je suis tombĂ© assez vite sur ce passage oĂč le narrateur retrouvait un monteur de serpent avec lequel il venait de sympathiser :

” Les reptiles ne bougeaient guĂšre, ils semblaient apprĂ©cier la chaleur du corps inerte de Blackie. Je le prĂ©sumais vivant car ses ronflements faisaient vibrer les vitres, mais aucun indice ne me permettais de savoir s’il Ă©tait dans le coma parce qu’il avait Ă©tĂ© mordu, simplement ivre mort, ou un mĂ©lange des deux.” 

Il y avait longtemps que je n’avais pas autant ri en lisant des nouvelles. Le style de l’auteur est dĂ©pouillĂ© quoique les histoires soient aussi percutantes les unes que les autres avec des chutes surprenantes.

  • Le Nez suivi du Manteau (Nicolas Gogol)

Il n y a pas que les noms des personnages russes que j’aime. Mais avec ces noms seulement, on a dĂ©jĂ  l’enchantement que l’on cherche lorsqu’on entame une Ɠuvre de fiction.

Ensuite, il m’est facile de me retrouver dans certains personnages et dans certaines situations. Par exemple chez Gogol, des histoires normales peuvent basculer Ă  tout moment dans le fantastique ou l’irrationnel, un peu comme dans les faits divers que l’on retrouve chez nous chaque jour. Vladimir Nabokov rappelle Ă  ce propos ‘[…] L’on aime Ă  rappeler que la diffĂ©rence entre le cĂŽtĂ© comique et le cĂŽtĂ© cosmique des choses dĂ©pend d’une seule consonne sifflante.

Dans les deux nouvelles  (Le nez et Le manteau) rassemblĂ©es dans le livre, on est plongĂ© dans l’univers des fonctionnaires de PĂ©tersbourg des annĂ©es 1830-1840 et l’auteur fait une satire fĂ©roce de la bureaucratie.

Extrait du manteau : ” Le rĂ©gisseur de collĂšge devait faire son rapport au secrĂ©taire de province, le secrĂ©taire de province s’adressait au conseiller titulaire ou Ă  quelque autre fonctionnaire, et ainsi de suite, en passant par tous les degrĂ©s de la hiĂ©rarchie. C’est ainsi que les choses se passent dans notre sainte Russie : chacun y joue au chef et copie son supĂ©rieur.”

  • L’affaire PĂ©lican (John Grisham)

Enfin, j’ai lu le roman ! Le film, nous l’avons vu dans notre jeunesse au CinĂ©ma Abbia Ă  YaoundĂ©. Denzel Washington, Julia roberts…

La lecture du thriller m’a ravi. Comme c’est souvent le cas lorsqu’on a dĂ©jĂ  vu le film, il y a de nombreux dĂ©tails intĂ©ressants que j’ai retrouvĂ©s avec joie dans le livre, dĂ©tails qui ne sont pas forcĂ©ment dans le film ou alors qui n’ont pas la mĂȘme intensitĂ© ou la mĂȘme sensibilitĂ©.

Dans ce roman dans lequel Darby Shaw, une brillante Ă©tudiante en droit, joue un rĂŽle dĂ©terminant dans l’enquĂȘte sur les dĂ©cĂšs tragiques de deux membres de la Cour SuprĂȘme des Etats Unis, l’intrigue conduit dans les dĂ©dales du monde judiciaire et les problĂšmes sociaux et politiques s’entremĂȘlent.

Passage tirĂ© du roman : “Certes, cette crise Ă©tait une aubaine, les sondages continuaient Ă  grimper, Rosenberg avait disparu, l’image de marque du prĂ©sident se trouvait rehaussĂ©e dans une AmĂ©rique satisfaite de savoir qu’il tenait fermement les rĂȘnes du pouvoir, les dĂ©mocrates se faisaient tout petits, la réélection Ă©tait dans la poche.”

  • Journal d’un Ă©crivan  en pyjama (Dany LaferriĂšre)

J’avais achetĂ© ce livre grĂące Ă  son titre que j’avais trouvĂ© original. Ensuite, j’ai lu le livre par petits bouts, mais sans que cela se fasse de la premiĂšre Ă  la derniĂšre page. Cela est possible avec cet ouvrage puisque les mĂ©ditations, les rĂ©flexions et les rĂ©cits sont globalement autonomes.  

En relisant ‘Le journal d’un Ă©crivain’ cette annĂ©e, je suis parti de la premiĂšre page Ă  la derniĂšre. Pour quelqu’un qui aime les belles-lettres, la lecture de cet ouvrage est un pur rĂ©gal, car il y est question d’Ă©criture, de littĂ©rature et des Ă©crivains.

Extrait : “Il faut savoir que le vraisemblable n’est pas le vrai. Votre travail, c’est de rendre crĂ©dible l’univers que vous avez fait passer par le tamis de votre sensibilitĂ©. On Ă©crit avec des mots et non des actes. On parvient Ă  masquer cette dĂ©ficience avec les images, les mĂ©taphores, les comparaisons.”

  • La ferme aux animaux (George Orwell)

AprĂšs la fascinante lecture de ‘1984’, j’avais enchaĂźnĂ© presqu’immĂ©diatement avec ‘La ferme aux animaux’ avant de m’interrompre un moment. J’en ai rĂ©cemment achevĂ© la lecture.

Le livre est une satire historique et politique et l’on peut faire un parallĂšle avec certains Ă©vĂ©nements ou personnages. À la ferme du manoir, les animaux souhaitent s’Ă©manciper de la tyrannie et de leur exploitation. Il fomente une rĂ©volution, mais le rĂȘve de libertĂ© partagĂ© vire progressivement au cauchemar.

Il me semble que George Orwell est un visionnaire qui, avec ses histoires allĂ©goriques, a anticipĂ© certains Ă©vĂ©nements que nous vivons aujourd’hui. De quoi avoir envie d’aller Ă  la dĂ©couverte de ses autres Ɠuvres.

Extrait : “Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon Ă  l’homme et de l’homme au cochon, et de nouveau du cochon Ă  l’homme ; mais dĂ©jĂ  il Ă©tait impossible de distinguer l’un de l’autre.”

  • Exercices de Style (Raymond Queneau)

Ce livre est un cadeau reçu il y a quelques annĂ©es alors que j’Ă©tais en mission professionnelle longue durĂ©e en France. La personne qui me l’offrait avait bien perçu ma passion pour les jeux de mots et les histoires qu’on tourne dans tous les sens. J’avais aussitĂŽt commencĂ© la lecture ce week-end-lĂ  avant de retourner Ă  mes prĂ©sentations PowerPoint dĂšs le lundi.

Ce n’est que rĂ©cemment que j’ai pris le temps de savourer chaque variation de l’histoire racontĂ©e. ‘Exercices de style’ est en effet une brĂšve histoire racontĂ©e quatre-vingt-dix-neuf fois, de quatre-vingt-dix-neuf maniĂšres diffĂ©rentes.

Son auteur, Raymond Queneau, fut l’un des co-fondateurs de l’Oulipo (ouvroir de littĂ©rature potentielle) en 1960, un mouvement littĂ©raire prĂŽnant l’innovation par le langage. ‘Exercices de style’ arriva donc comme un texte prĂ©curseur du mouvement et un exemple probant d’application d’une contrainte en littĂ©rature. À noter que l’Ă©crivain français HervĂ© Le Tellier (prix Goncourt 2020) est un oulipien, ce qui permet de savoir que le mouvement  est toujours dynamique.

Ci-aprĂšs le dĂ©but d’une des variations de l’histoire des ‘Exercices de style’. Au Camer, on peut comprendre facilement, surtout en lisant Ă  haute voix : “Un dai vers middai, je tĂšque le beusse et je sie un jeugne manne avec une grĂšte nĂšque et un hatte avec une quainnde de lĂšsse tressĂ©s. Soudainement ce jeugne manne bi-queumze crĂ©zĂ© et acquiouse un respectable seur de lui trider sur les toses. Puis il reuna sur un site eunoccupĂ©.”

  1. Le NƓud De Vipùre (François Mauriac)

La premiĂšre fois que j’ai lu ‘Le nƓud de vipĂšres, j’Ă©tais au collĂšge. Nous Ă©tions en terminale C et la majoritĂ© des Ă©lĂšves n’avait que peu d’intĂ©rĂȘt pour la littĂ©rature, concentrĂ© Ă  rĂ©soudre les durs exercices de maths du fameux Maurice Monge.

Notre fringuant et jeune prof de français (Marcellin Vounda) institua un prix de littĂ©rature pour nous intĂ©resser davantage Ă  sa matiĂšre. Au premier trimestre, j’obtins la meilleure note en français (et en français seulement) et je me retrouvai Ă  lire le roman de François Mauriac pendant les congĂ©s de NoĂ«l.

Difficile Ă  l’Ă©poque de m’identifier au personnage principal qui est un avare ĂągĂ© qui pense que ses proches ne l’aiment pas et ne s’intĂ©ressent qu’Ă  son patrimoine. Le roman est original en ce sens que c’est une confession Ă©pistolaire au dĂ©part qui se transforme suite Ă  des pĂ©ripĂ©ties en un journal.

En relisant cette annĂ©e, je suivais l’intrigue avec un regard neuf et j’ai Ă©tĂ© plus sensible Ă  certains dĂ©tails. Et j’apprĂ©cie davantage le style particulier de l’auteur qui m’a conduit Ă  lire d’autres livres qu’il a Ă©crits.  

Passage tirĂ© du roman : “Et moi, je possĂ©dais une espĂšce de gĂ©nie. Si j’avais eu, Ă  ce moment, une femme qui m’eĂ»t aimĂ©, jusqu’oĂč ne serais-je pas montĂ© ? On ne peut tout seul garder la foi en soi-mĂȘme. Il faut que nous ayons un tĂ©moin de notre force : quelqu’un qui marque les coups, qui compte les points, qui nous couronne au jour de la rĂ©compense, – comme autrefois, Ă  la distribution des prix, chargĂ© de livres, je cherchais des yeux maman dans la foule et au son d’une musique militaire, elle dĂ©posait des lauriers d’or sur ma tĂȘte frais tondue.”

Bonus 1- Evangile Selon Sainte Marque (Thibault Marcel Tsimi)  

J’ai eu l’opportunitĂ© de lire le livre de Thibauld Marcel Tsimi avant sa parution officielle. C’est un essai dans lequel le communicateur crĂ©e un lien Ă©tonnant et dĂ©tonnant entre le marketing et la religion.

Je n’ai pas Ă©tĂ© surpris que l’ancien sĂ©minariste devenu publicitaire fourmillement d’idĂ©es novatrices et originales puisque je me rappelle bien les longues discussions que nous avions en agence de communication.

En cette fin d’annĂ©e et Ă  lecture de l’ouvrage, je me demande si le postulat de la divinisation des marques ne devient plus Ă©vident. AprĂšs tout, les temples des produits discutent, et mĂȘme ravissent la vedette aux temples religieux.

Bonus 2- Indépendants (Aurélien Ludovic Kilama)

Les IndĂ©pendants, le roman d’AurĂ©lien Ludovic Kilama a paru en 2022 chez L’Harmattan. J’ai eu l’occasion de l’acquĂ©rir et d’Ă©changer avec l’auteur lors de la sĂ©ance de dĂ©dicace Ă  la FNAC de Bali.

J’ai entamĂ© la lecture pour suivre les aventures de quatre jeunes africains de plusieurs nationalitĂ©s pris dans le tourbillon des indĂ©pendances des pays africains dans les annĂ©es 60. J’aurai sans doute l’occasion de revenir sur ce roman qui contribue Ă  l’appropriation optimale et complĂšte de notre histoire en posant un autre regard sur de nombreux faits.

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En ouvrant un livre et en entrant dans l’univers de l’auteur, nous emmenons aussi le nĂŽtre.

Cette expĂ©rience est forcĂ©ment diffĂ©rente d’un lecteur Ă  un autre. Umbeto Eco pense du reste qu’ ” Un texte est une machine paresseuse qui exige de ses lecteurs qu’ils fassent une partie du travail; autrement dit, un dispositif conçu pour susciter les interprĂ©tations. […] En mĂȘme temps, le lecteur ne peut choisir n’importe quelle interprĂ©tation fondĂ©e simplement sur sa fantaisie : il doit s’assurer que le texte, d’une façon ou d’une autre, lĂ©gitime et mĂȘme encourage une lecture particuliĂšre.”

N’hĂ©sitez pas Ă  partager avec nous vos lectures de 2022, vos commentaires et vos interprĂ©tations !

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EZA Celle Qui Vient De Loin

December 20, 2022 by jmbarga

by Joseph Mbarga

Kala Ă©tait Ă  la riviĂšre pour faire sa lessive aprĂšs six journĂ©es de dur labeur et le jeune homme allait bientĂŽt achever sa besogne lorsqu’il entendit un craquement de feuilles sĂšches. Alors, il se tourna et vit arriver de l’autre cĂŽtĂ© de la rive une jeune femme Ă©trangĂšre au village qui avançait vers le cours d’eau. Elle Ă©tait coiffĂ©e d’immenses nattes noires oscillant sur son dos comme une criniĂšre arachnĂ©enne. Elle sourit. MalgrĂ© lui, Kala laissa choir sur le rocher l’habit qu’il lavait.

La belle Ă©trangĂšre s’arrĂȘta tout prĂšs de l’eau.

– Y aurait-il ici un hĂ©ros dont la bravoure serait si grande qu’il aiderait une inconnue Ă  traverser la riviĂšre ? lança-t-elle en posant Ă  mĂȘme le sol les deux sacs qu’elle portait.

– Un joli sourire crĂ©era toujours des hĂ©ros, rĂ©pondit Kala Ă  la jeune femme qui continuait de sourire.

Kala s’installa dans une pirogue de pĂȘche Ă©chouĂ©e sur le sable et fit route vers l’autre grĂšve en maniant avec dextĂ©ritĂ© la pagaie. DĂšs qu’il atteignit la rive, la jeune femme mit ses bagages dans la petite embarcation, ajusta le pagne aux motifs multicolores sur ses longues jambes galbĂ©es et s’assit devant le piroguier qui entreprit de faire le chemin inverse. Il quitta le premier la barque et aida sa passagĂšre Ă  regagner la terre ferme.

– Je m’appelle Eza, dit la voyageuse en tendant la main au piroguier. Je viens du grand village de So et je suis Ă  la recherche de mes parents.

Kala s’empressa de serrer la main et se prĂ©senta Ă  son tour. Ensuite, il rassembla le linge lavĂ©, l’empila dans un panier propre qu’il posa en Ă©quilibre sur la tĂȘte. Il se chargea ensuite de l’un des sacs d’Eza. Comme elle le pria de la conduire au village Oya qu’elle ne connaissait pas, ils empruntĂšrent d’abord la voie escarpĂ©e, puis zigzaguĂšrent Ă  travers la forĂȘt et des champs en friche. Et ils s’arrĂȘtaient de temps en temps tous les deux pour souffler, surtout lorsqu’ils se mesuraient Ă  l’une des collines raides bien connues des habitants d’Oya. Chemin faisant, Eza commença Ă  narrer son histoire. Kala apprit ainsi qu’elle n’avait jamais connu ses vĂ©ritables ascendants. Elle avait Ă©tĂ© Ă©levĂ©e par le roi de So. Des guerriers l’avaient trouvĂ©e toute seule grelottant de froid par une nuit sans Ă©toiles, prĂšs du cours d’eau que son guide venait de l’aider Ă  traverser. Elle n’était alors qu’un nourrisson. Elle avait grandi dans l’entourage du chef qui l’avait prise en affection. Le chef de So avait comptĂ© vingt-et-une grandes saisons de pluies et vingt-deux saisons sĂšches depuis cette Ă©poque. Mais voilĂ  que quelques semaines plus tĂŽt, le souverain de So lui avait dit la vĂ©ritĂ©. Alors, Eza avait prĂ©fĂ©rĂ© partir d’abord Ă  la recherche de ses gĂ©niteurs avant de retourner plus tard Ă  So, et ce, malgrĂ© l’opposition du chef.

Une bouillonnante aurĂ©ole nimbait les cimes des arbres. Parfois, Eza et Kala marchaient prĂšs d’un arbre dont les fruits exhalaient un parfum exquis, et toute la forĂȘt semblait un jardin de fleurs Ă  ciel ouvert, traversĂ© de fragrances fraĂźches et fĂ©condes. La clartĂ© devenait Ă©blouissante Ă  mesure que les deux marcheurs se rapprochaient du village. Ils passĂšrent devant des maisons de briques de terre et de feuilles de pailles sĂ©chĂ©es. Devant le domicile de Kala, le jeune homme leva sa main et dit :

– J’habite ici. Nous allons nous arrĂȘter un moment et voir ma mĂšre, et si tu le souhaites, on lui racontera ton histoire. Elle saura peut-ĂȘtre comment te guider sur ton chemin.

Quand Eza raconta Ă  la mĂšre de Kala son histoire, les rides du visage de son interlocutrice se dilatĂšrent Ă  mesure que le rĂ©cit avançait. À la fin de l’histoire, l’ancienne resta coite. Et, plutĂŽt que de rĂ©agir aussitĂŽt Ă  ce qu’elle venait d’entendre, elle pria Eza d’accepter son hospitalitĂ© pour la nuit. Eza hĂ©sita et, prĂ©textant qu’on lui avait demandĂ© de se renseigner chez des personnes prĂ©cises, elle dĂ©clina l’invitation dans un premier temps.

– Oui ma fille, mais tu pourras habiter ici et mener tes recherches en toute tranquillitĂ©.

Et, se tournant vers son fils Kala, elle ajouta :

– Nous t’aiderons tous ici, tu verras.

Le lendemain, on l’invita Ă  nouveau Ă  rester et il en fut de mĂȘme pendant les jours qui suivirent. Finalement, on dĂ©cida qu’Eza ne partirait que lorsqu’elle aurait trouvĂ© la trace des siens.

Eza se mit alors Ă  parcourir le village d’Oya, seule ou avec de la compagnie. Elle entrait dans de nombreux domiciles en racontant partout la mĂȘme histoire. Elle marchait beaucoup, passait par des sources, des bois ou d’immenses Ă©tendues de broussailles inextricables dans lesquelles elle devait se frayer un chemin pour rejoindre le prochain pĂątĂ© de maisons.

Mais certains jours aussi, Eza allait simplement aider Kala et sa mĂšre dans leurs activitĂ©s. À la tombĂ©e de la nuit, au moment oĂč les lucioles allumaient leurs lanternes intermittentes et lorsque la douce brise vespĂ©rale s’élevait et chatouillait les faĂźtes des arbres majestueux en les faisant frĂ©mir en cascade, Eza rejoignait les jeunes du village rĂ©unis sous un ciel saupoudrĂ© de l’or du soleil couchant. Elle prenait part Ă  de nombreux jeux, Ă©coutait les devinettes et les contes ; ou alors elle narrait elle-mĂȘme des histoires et proposait des Ă©nigmes venues des temps immĂ©moriaux. Les jours de fĂȘte, la jeune femme se mĂȘlait aux autres villageois sur la grande cour et se trĂ©moussait au son des balafons. Elle Ă©clipsait alors les autres danseuses par sa beautĂ© et son agilitĂ© et les candidats se bousculaient pour qu’elle leur accordĂąt une danse.

De jour en jour, tout le village appréciait davantage Eza. Sa gentillesse séduisait les gens. BientÎt, on ne la considéra plus comme une étrangÚre.

** *

Une petite saison sĂšche s’était dĂ©jĂ  Ă©coulĂ©e depuis que Eza Ă©tait arrivĂ©e Ă  Oya. Ses recherches demeuraient infructueuses. Ce fut Ă  ce moment qu’on lui conseilla d’aller voir Koul.

Koul Ă©tait le plus ĂągĂ© de tous les notables. Le roi Ă©coutait particuliĂšrement ses conseils avisĂ©s ; il demeurait proche des habitants du village, et on allait le consulter pour diverses raisons. Eza s’en alla donc le trouver pour lui parler dans le dĂ©tail de sa quĂȘte. Elle fut frappĂ©e par sa peau parcheminĂ©e et son Ă©paisse barbe blanche. Le vieillard l’écouta sans mot dire tout en fumant sa pipe, mais son regard s’était progressivement allumĂ© comme un feu s’étendant sur une terre en jachĂšre. Lorsque Eza eut fini de parler, Koul lui demanda de revenir le voir le lendemain.

Le lendemain, la contrĂ©e fut rĂ©veillĂ©e par les croassements d’une armĂ©e de corbeaux ; les oiseaux furent si nombreux que personne n’eut le courage d’aller travailler. Un calme absolu Ă©tendit son voile sur le village. Finalement, le batteur de tam-tam annonça une tragique nouvelle : Mona, la femme du chef, Ă©tait dĂ©cĂ©dĂ©e.

Tous les pĂątĂ©s de maisons d’Oya portĂšrent le deuil pendant trois jours. Le troisiĂšme jour correspondait Ă  l’enterrement de Mona, puis, petit Ă  petit, la vie reprit son cours normal.

TrĂšs vite, il fallut trouver une Ă©pouse au chef comme l’exigeait la tradition. Mos, dĂ©tenteur de la couronne, devait impĂ©rativement choisir pour compagne une jeune femme vivant sur son territoire. AprĂšs mĂ»re rĂ©flexion et aidĂ© par le conseil des sages, sa prĂ©fĂ©rence alla Ă  la belle et mystĂ©rieuse jeune femme dont tout le monde disait du bien.

Eza reçut un vĂ©ritable choc lorsqu’elle apprit que le chef l’avait choisie comme Ă©pouse. Un brouillard Ă©pais recouvrait davantage le chemin qui menait Ă  la dĂ©couverte de son histoire personnelle, Ă  l’élucidation des questions qu’elle se posait sur sa vie et sur son passĂ©. L’idĂ©e de retourner chez son pĂšre adoptif effleura son esprit, mais on l’en dissuada vivement. On lui dit qu’il n’était pas prudent de repousser les avances du roi. D’ailleurs, toutes celles qui avaient optĂ© pour cette incongruitĂ© par le passĂ© avaient Ă©tĂ© frappĂ©es d’anathĂšme. Et leurs descendants Ă©taient encore marquĂ©s du sceau de l’infortune plusieurs gĂ©nĂ©rations aprĂšs.

C’est ainsi que malgrĂ© elle, dans une torpeur de laquelle il fallut sans cesse la sortir et qui n’avait d’égale que l’engourdissement d’une vipĂšre aprĂšs dĂ©glutition de sa proie, Eza rĂ©unit ses petites affaires pour rejoindre la demeure du souverain de So. Elle remercie longuement Kala et sa mĂšre qui lui avaient offert l’hospitalitĂ©. Dans la petite cour de la maison pleine de nombreuses personnes pour l’occasion, on souhaita Ă  Eza de rĂ©ussir dans sa nouvelle vie. Elle ferait du bien Ă  tout le village, cela Ă©tait certain. Elle partit ensuite avec les notables, les larmes aux yeux tandis que Kala, adossĂ© contre un arbuste, avait le cƓur serrĂ©. Au fond d’elle, Eza savait qu’il lui faudrait du temps pour faire le deuil de la vie simple, joyeuse et insouciante qu’elle avait menĂ©e pendant des semaines.

Avant de devenir pleinement l’épouse du roi, elle devait suivre une initiation pendant une saison entiĂšre de pluies. Eza mangea peu, dormit plus que la normale et demeura taciturne pendant les premiers jours de sa prĂ©sence dans la concession du chef. Puis arriva la longue saison des pluies. Dans la forĂȘt, les arbres se recouvraient de feuilles vertes. Des fleurs fraĂźches et multicolores donnaient au paysage un sourire radieux. Eza commença son initiation.

Auparavant, Mos s’était rendu dans un village voisin pour une visite. Depuis qu’il Ă©tait parti, les populations d’Oya avaient dĂ©jĂ  comptĂ© dix couchers de soleil. Comme il ne devait pas y mettre tant de temps, elles commencĂšrent Ă  se poser de nombreuses questions. Lasse d’attendre, la cour dĂ©pĂȘcha deux messagers pour retrouver le chef et sa suite. Mais ceux-ci rentrĂšrent bredouilles. DĂšs l’annonce de cette effrayante nouvelle, des guerriers intrĂ©pides, qui avaient fait leurs preuves en d’autres circonstances, furent envoyĂ©s sur les traces de Mos le chef. Affrontant divers dangers, ils fouillĂšrent jour et nuit dans les coins et les recoins l’étendue sĂ©parant les deux villages. Mais leurs recherches demeurĂšrent infructueuses. Personne ne put rĂ©ussir Ă  dire ce qui Ă©tait exactement arrivĂ© au souverain et Ă  sa dĂ©lĂ©gation. Un mauvais sort semblait s’acharner sur Oya. D’ailleurs, mĂȘme Eza avait aperçu Zombo, le gorille qui s’était montrĂ© deux jours durant sur la colline qui surplombait le palais du chef. Ses apparitions n’étaient jamais fortuites. Elles exprimaient toujours le mĂ©contentement des ancĂȘtres. À ces moments, il devenait impĂ©ratif d’envoyer le plus ĂągĂ© des notables recueillir le message des aĂŻeux. Koul dormit pendant trois nuits au sommet de la colline oĂč Ă©tait apparu le gorille.

À son retour, il rĂ©unit le conseil des sages. Celui-ci dĂ©battit longuement du message que Koul avait reçu sous la forme d’un rĂȘve la troisiĂšme nuit. Il en ressortit que les aĂŻeux n’étaient pas satisfaits de la façon dont s’exerçait la gouvernance du chef. Koul fit aussi de nombreuses rĂ©vĂ©lations sur les derniers Ă©vĂ©nements. Les sages discutĂšrent alors de la meilleure maniĂšre de sortir le village de la tourmente qu’il traversait et achevĂšrent leur concertation par la dĂ©signation d’Eza comme la nouvelle reine d’Oya.

AprĂšs la rĂ©union, Koul alluma sa pipe et alla retrouver Eza. Il lui parla avec prĂ©caution et dĂ©fĂ©rence de l’histoire du village et des derniers Ă©vĂ©nements. Puis il marqua une pause et dit :

– Tu es la nouvelle reine d’Oya, notre souveraine Ă  tous.

Eza demeura confuse un bon moment, incapable d’articuler la moindre parole. Elle ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Elle joignit ses lĂšvres avant de les tordre dans une grimace, tandis que ses genoux se cognaient l’un et l’autre avec frĂ©nĂ©sie. “Hum” dit-elle pendant qu’elle essayait de joindre ses deux mains devant elle pour se donner force et consistance.

– Je ne veux pas, dit-elle lorsqu’elle parvint enfin Ă  rĂ©unir ses mains. Laissez-moi plutĂŽt m’en aller Ă  prĂ©sent. Je vais rentrer dans mon village.

– Reine Eza, il est trop tard hĂ©las pour partir, reprit calmement Koul. Tu es ici chez toi, tu as parlĂ© avec les tiens ces derniers temps. C’est toi qui amĂšneras les changements dont on a besoin comme nos aĂŻeux me l’ont rĂ©vĂ©lĂ©.

– Mais pĂšre, supplia Eza, je suis venu ici chercher ceux qui m’ont donnĂ© la vie.

Le vieil homme assis en face d’Eza tira plusieurs bouffĂ©es de sa pipe, puis rejeta une Ă©paisse couche de fumĂ©e qui se balada quelque temps dans le vide en formant des arabesques. Il se racla la gorge et parla :

– Ta mĂšre s’est tuĂ©e il y a quelques temps quand je lui ai parlĂ© de l’entrevue que nous avions eue, et ton pĂšre a disparu rĂ©cemment. DĂ©sormais, je suis lĂ  pour te servir et te conseiller.

Un silence pesant enveloppa la piÚce. Cette révélation eut pour effet de paralyser Eza qui resta à nouveau bouche bée pendant un long moment.

– Mon pĂšre Ă©tait donc Mos et ma mĂšre Mona ? demanda-t-elle enfin.

– Oui, rĂ©pondit Koul, impassible.

– Que se serait-il passĂ© si Mos et moi


– Cela ne pouvait arriver, interrompit le sage. La tradition stipule que tant que la compagne du chef n’a pas achevĂ© son initiation, elle ne peut partager le mĂȘme lit que lui. Cette pĂ©riode est justement faite pour Ă©viter de nombreux dĂ©sagrĂ©ments.

Eza demanda par la suite Ă  son interlocuteur de lui expliquer comment Mos et Mona Ă©taient ses parents. Koul lui dit alors que sa mĂšre avait vu en songe qu’elle aurait une unique enfant et que celle-ci pourrait Ă©pouser son pĂšre et devenir reine. ConsternĂ©e, lorsque l’enfant Ă©tait arrivĂ©e, sa mĂšre l’avait abandonnĂ©e Ă  sa naissance prĂšs d’une riviĂšre Ă  la frontiĂšre avec le village voisin de So, en conflit Ă  l’époque avec Oya. C’était certainement lĂ  qu’elle avait Ă©tĂ© recueillie par les guerriers qui l’avaient conduite chez le chef de leur village.

Plus tard au cours de leur entretien, Koul dit Ă  Eza qu’il n’était pas souhaitable que celle qui allait prĂ©sider aux destinĂ©es d’Oya restĂąt seule. Elle devait impĂ©rativement trouver un Ă©poux dans la contrĂ©e.

Ce jour mĂȘme, Kala fut amenĂ© au palais royal. C’était la premiĂšre fois qu’il foulait le sol de ce pittoresque Ă©difice. DĂšs l’instant oĂč il avait vu Eza Ă  la riviĂšre, son cƓur avait Ă©tĂ© illuminĂ© par une flamme ardente dont le feu ne s’était jamais Ă©teint. Il n’avait cessĂ© de se perdre en douces rĂȘveries enluminĂ©es par le visage d’Eza. Mais le jour oĂč elle Ă©tait partie s’installer au palais, il avait perdu tout espoir de lui exprimer sa passion.

On laissa Kala dans une piĂšce. Il lui sembla quelques instants que son ventre se creusait et que son souffle allait se couper. Eza Ă©tait lĂ  devant lui. Elle souriait. C’était le mĂȘme sourire envoĂ»tant que lorsqu’il l’avait vue pour la premiĂšre fois Ă  la riviĂšre. Au bout d’un moment, il bredouilla :

– C’est vrai
 que c’est moi qui


– Oui, c’est vrai, dit Eza.

– Euh
 euh
 je
 n’ai pas arrĂȘtĂ© de penser Ă  toi.

– Tu sais Kala, il y a bien longtemps que tu hantes mes nuits, reprit Eza.

Dehors, Koul donnait l’ordre au batteur de tam-tam d’annoncer pour les jours à venir le prochain mariage d’Eza et l’intronisation future de la premiùre reine d’Oya.

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5 RAISONS CRUCIALES DE CREER ET DE MULTIPLIER DES MUSEES DU FOOTBALL AU CAMEROUN

December 8, 2022 by jmbarga

OĂč sont passĂ©s nos trophĂ©es gagnĂ©s lors des diffĂ©rentes CAN ?

“Que sont-ils devenus ?” pour reprendre le titre d’une cĂ©lĂšbre Ă©mission de tĂ©lĂ©vision. Ils ne sont pas nombreux les Camerounais qui ont une information prĂ©cise des lieux oĂč ils peuvent  revenir sur les exploits de notre Ă©quipe nationale de foot ou celles des diffĂ©rents clubs camerounais dont l’histoire a marquĂ© notre continent tout entier. À supposer que ces lieux de souvenirs sportifs existent, ils ne sont connus que de quelques personnes privilĂ©giĂ©es. Et voilĂ  que le foot, sport populaire par excellence, se retrouve rĂ©servĂ© Ă  une Ă©lite.

Nous devons multiplier des espaces permettant Ă  tous de revivre les exploits produits par le foot, Ă  la fois pour le cĂŽtĂ© ludique, pour garder et entretenir l’esprit de gagne et pour nourrir notre mĂ©moire collective.

Rassembler Davantage Les Camerounais

Plus que tout autre sport ou activitĂ©, le football mobilise les Camerounais derriĂšre leur Ă©quipe nationale lors de grandes compĂ©titions continentales ou mondiales. C’est le moment oĂč nous laissons nos petites divergences pour produire un discours fĂ©dĂ©rateur. Nous louons nos joueurs, ces hĂ©ros, et blĂąmons nos adversaires du jour ou de la pĂ©riode.

L’engouement des Camerounais pour le ballon rond est constant et s’amplifie mĂȘme au fil du temps. On a pu le voir rĂ©cemment, lors de la derniĂšre CAN. Des personnes jusque-lĂ  rĂ©fractaires aux activitĂ©s et autres discussions footballistiques se sont passionnĂ©es pour la compĂ©tition. Pour certains, l’excitation augmentait Ă  mesure que les Lions Indomptables avançaient dans le jeu.

Il s’en suit qu’il est essentiel de prolonger cet engouement commun. Et amplifier cette harmonie. Nous devons multiplier en dehors des stades les lieux de rassemblement et de cĂ©lĂ©bration du football et de ses valeurs. Des endroits qui prolongeront la communion entre Camerounais.

Multiplier Les lieux De Mémoire à Travers Le Pays

CĂ©lĂ©brons-nous suffisamment les personnes qui ont marquĂ© en bien la marche de notre pays ? Prenons-nous le temps de mesurer l’impact qu’elles ont eu dans le devenir de notre nation ? Quelle place leur rĂ©servons-nous dans notre marche que nous espĂ©rons glorieuse vers le futur ?

Vu l’importance prise par le foot chez nous, les musĂ©es peuvent devenir des lieux de mĂ©moire avec les diffĂ©rents objets qu’ils sont capables de renfermer. Ces endroits inspireraient du reste nos villes, nos communautĂ©s et notre pays tout entier pour prendre au sĂ©rieux la question des repĂšres de la nation au travers d’empreintes tangibles et intangibles. Il sera plus facile de partir d’un sujet suscitant un grand intĂ©rĂȘt pour avancer vers d’autres thĂ©matiques. VoilĂ  comment nous devenons capables de dire chaque jour qui nous sommes et d’oĂč nous venons. C’est aussi lĂ  que des touristes viendront s’imprĂ©gner de notre vie, d’un peu de notre culture et de notre histoire.

On insistera jamais assez sur la nĂ©cessitĂ© de bien entretenir des objets de valeur que nous avons l’heur de dĂ©tenir aujourd’hui, qu’ils s’agissent d’infrastructures ou de trophĂ©es. Et puis qui peut connaĂźtre l’impact qu’aura sur un enfant la vue et la contemplation des godasses chaussĂ©es par le lĂ©gendaire gardien de but Thomas Nkono lors d’un match Ă©pique ? Dans un musĂ©e, l’Ă©coute d’un reportage fougueux d’un journaliste convaincra peut-ĂȘtre la fillette ou le garçon fascinĂ© par ledit reportage d’embrasser Ă  son tour le mĂ©tier de journaliste spĂ©cialisĂ©(e) dans le sport.

Dynamiser l’Économie Du Sport

C’est un fait : les victoires boostent le moral des agents Ă©conomiques. Si l’euphorie des succĂšs lors de grandes compĂ©tions internationales permet gĂ©nĂ©ralement aux pays vainqueurs de regagner une certaine confiance, les spĂ©cialistes spĂ©culent trĂšs souvent sur l’incidence rĂ©elle pour l’Ă©conomie. On s’accorde toutefois sur le fait qu’il y a habituellement une inflexion Ă  la hausse de l’Ă©conomie, aussi lĂ©gĂšre soit-elle. Preuve que l’impact du sport en gĂ©nĂ©ral et du football en particulier sur l’Ă©conomie est concrĂšte.

C’est dans ce contexte que les revenus gĂ©nĂ©rĂ©s par les visites de musĂ©es dĂ©diĂ©s au foot – au niveau des clubs, des villes ou Ă  l’échelle du pays -, peuvent contribuer Ă  l’Ă©conomie du sport qui prend de l’ampleur de jour en jour. Faire vivre notre riche histoire footballistique peut dynamiser de façon progressive l’Ă©conomie du sport de façon globale.

Les musĂ©es de football au Cameroun pourraient aussi rassembler dans ces diffĂ©rents lieux les nombreux Ă©crits des auteurs locaux et d’ailleurs sur ce jeu. Question de prolonger la rĂ©flexion sur les enjeux et l’impact de ce sport. Par exemple, que sont devenues les thĂšses avancĂ©es par le centralien Emmanuel BityĂ©ki dans son ouvrage ‘Fondements mathĂ©matiques du football” ? Les thĂ©ories de ce livre sont-elles toujours d’actualitĂ© ?

Augmenter l’Offre De Loisirs Sains

Nous devons renforcer les loisirs sains dans nos citĂ©s. C’est en multipliant les activitĂ©s et en prĂ©sentant Ă  la jeunesse plusieurs types de modĂšles qu’elle choisira ceux qui lui conviennent le mieux. Un petit tour au MusĂ©e Maritime au quartier Bonanjo Ă  Douala prouve Ă  loisir que lorsqu’on prĂ©sente au public des activitĂ©s originales, les visiteurs rĂ©pondent prĂ©sent.

Si les musĂ©es de football créé des expĂ©riences uniques Ă  travers le pays, le succĂšs sera au rendez-vous. Et crĂ©er des expĂ©riences originales et peu coĂ»teuses est tout Ă  fait possible aujourd’hui. L’utilisation de la technologie par exemple permet de prĂ©senter des parcours interactifs. Gamification et rĂ©alitĂ© virtuelle plongent les visiteurs dans divers lieux saisissants de rĂ©alisme.

Pour le reste, les musées pourraient présenter des trophées réels, des replicas divers, des hall of fame. Des exhibitions et autres expositions temporaires compléteraient le tableau. Et puis, il y a ces nombreux artistes ayant travaillé dans le domaine du football : photographes, sculpteurs, peintres et autres écrivains. Ces créateurs trouveraient dans les différents musées dédiés au foot des espaces propices pour présenter leur travail et trouver un public attentif.

Préparer Les Victoires Futures du Pays

Les musĂ©es de foot au Cameroun vont entretenir le culte de l’effort et ce mental de gagnant (hemlĂ©) qui se transmet de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Les aspirant(e)s Ă  la pratique du foot auront Ă  cƓur de suivre le modĂšle flamboyant des aĂźnĂ©s.

Il en vient que ces lieux ludiques initieront Ă  leur façon la construction des victoires futures. Tous les visiteurs se frotteront aux valeurs morales des rĂšgles du jeu de ce sport collectif oĂč on obtient une victoire grĂące Ă  la synergie des Ă©nergies individuelles.

Enfin, on se souviendra des dĂ©faites pour tirer les leçons utiles. On se remĂ©morera les drames avec l’espoir et la ferme volontĂ© de tout mettre en Ɠuvre pour ne faire triompher que la joie de jouer et le plaisir de voir jouer.

Redisons-le : il est important de bien conserver nos trophĂ©es et d’entretenir le souvenir de nos exploits au foot comme ailleurs. Nous devons mettre sur pied des musĂ©es de football un peu partout dans le pays. C’est ainsi que les Camerounais continueront Ă  se rassembler autour des icĂŽnes qui ont marquĂ© l’histoire du football chez nous. La cĂ©lĂ©bration de nos hĂ©ros et l’entretien des lieux de mĂ©moire dynamisera l’Ă©conomie du sport et prĂ©parera les victoires ultĂ©rieures tout en offrant aux citoyens une offre plus variĂ©e de loisirs. De quoi donner de la joie aux adultes et faire briller les yeux des enfants.

Donnons le coup d’envoi sans plus attendre !

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Des Points Communs Entre Le Football Et La Littérature

December 1, 2022 by jmbarga

C’est vrai….

À l’heure oĂč la planĂšte entiĂšre vibre au rythme du football, faire un rapprochement de ce sport avec la littĂ©rature peut paraĂźtre surprenant.

Et pourtant, en regardant les choses de prĂšs, l’on s’aperçoit trĂšs vite que le football et la littĂ©rature partagent de nombreux points communs. De tout temps, les Ă©crivains ont Ă©tĂ© captivĂ©s par le ballon rond. Et, au-delĂ  du fait que les deux mĂ©tiers rĂ©ussissent Ă  agrĂ©ger une large gamme d’émotions, les virtuoses du foot et de l’écriture ont de nombreuses similitudes.

Écrire Un Roman Est Semblable À Un Entraünement De Foot

Écrire un livre nĂ©cessite de travailler un certain temps dans l’anonymat. On rĂ©pĂšte les mĂȘmes actions : rĂ©diger une phrase, la corriger, l’amĂ©liorer ou la dĂ©placer ici ou lĂ  dans le manuscrit. Un peu comme Ă  l’entraĂźnement de foot oĂč l’on refait les mĂȘmes exercices pour prĂ©parer une attaque ou dĂ©fendre en ligne le cas Ă©chĂ©ant.

RĂ©diger un gros livre peut ĂȘtre aussi extĂ©nuant que parvenir au bout d’une grande compĂ©tition sportive. Pendant le processus, on y met ses forces de la premiĂšre phrase du premier chapitre Ă  la toute derniĂšre de la scĂšne finale, Ă  la maniĂšre du dĂ©fenseur qui ne lĂąche rien de la premiĂšre minute du premier match Ă  la l’ultime seconde de la rencontre qui donne la victoire finale.

Avant d’arriver Ă  la rĂ©daction proprement dite d’un roman par exemple, on prend le temps d’apprendre en gardant Ă  l’esprit les modĂšles auxquels on souhaite ressembler. Dans le foot comme dans les belles-lettres, l’imitation n’est pas une limitation. L’Ă©crivain camerounais RĂ©nĂ© Philombe (Philippe Louis OmbedĂ©) dit Ă  ce propos : ” Moi aussi, j’ai imitĂ© avant d’atteindre une certaine imitation diffĂ©rentielle, l’instant qui prĂ©cĂšde la libre crĂ©ation oĂč l’Ă©lĂšve est totalement affranchi. AprĂšs, on crĂ©e vĂ©ritablement.”

Le Football Fascine Les Écrivains

Dans un article au journal LibĂ©ration, Mongo Beti raconte comment dans les annĂ©es 30, il fabriquait des ballons de foot. J’ai lu quelque part qu’AimĂ© CĂ©saire aimait le ballon rond et qu’il avait Ă©tĂ© un bon gardien de but ; il en est de mĂȘme pour l’Ă©crivain camerounais Eugene EbodĂ© qui a gardĂ© la cage du club Dragon de Douala et a mĂȘme Ă©tĂ© un international junior. Je ne sais pas si les Ă©crivains ont une prĂ©dilection pour le poste de gardien de but puisque Albert Camus n’est pas Ă©tranger Ă  ce poste, lui qui a jouĂ© au Racing Universitaire AlgĂ©rois et qui affirme : Â« Vraiment le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football.”

À premiĂšre vue, on serait pourtant tentĂ© de trouver antinomiques le foot et la littĂ©rature, dans une sorte d’opposition entre d’une part le corps viril et parfois capable de violence et d’autre part la finesse ou l’Ă©lĂ©gance cĂ©rĂ©brale des bons mots. En rĂ©alitĂ©, les Ă©crivains se sont toujours passionnĂ©s pour le football, certains l’ont pratiquĂ©, d’autres ont Ă©crit sur ce fabuleux sport. Il serait sans doute fastidieux d’Ă©numĂ©rer ici tous les livres qui tournent autour du football, mĂȘme seulement dans le cadre de la fiction.

Peut-ĂȘtre que la fascination particuliĂšre qu’exerce le football sur les auteurs tient au fait ces derniers sont en admiration devant des gestes techniques ingĂ©nieux et dont ils pourraient se souvenir au moment de rĂ©diger la fameuse phrase qui sera aussi majestueuse qu’un lob de Vincent Aboubacar.

Le crĂ©ateur gĂ©nial utiliserait sa tĂȘte pour trouver l’inspiration chez le talentueux artiste du pied. Un gĂ©nial contre-pied ?

Le Football et La LittĂ©rature Transmettent Des Émotions

Le monde du foot comme celui de la littĂ©rature est celui de la passion et des Ă©motions fortes. Dans un livre, un univers s’ouvre Ă  nous. Nous devenons des spectateurs des personnages qui prennent vie sous nos yeux. Au football, nous sommes aussi tĂ©moins dans des tribunes ou devant la tĂ©lĂ© de cette sĂ©quence de vie dans laquelle des personnes se dĂ©ploient sur un terrain avec un ballon. Presque tout le monde connaĂźt les rĂšgles du football, chacun est capable du moins de savoir quand une Ă©quipe a marquĂ© un but. Et qui ignore les rĂšgles d’un roman dont il suffit simplement d’ouvrir la premiĂšre page et de suspendre le jugement moral comme le rappelle Milan Kundera ?

À la fin du match ou aprĂšs la derniĂšre phrase, l’imagination prend le relais. C’est ainsi qu’on continuera de faire des commentaires sur les traits de caractĂšre d’un personnage qui ne nous quitte pas, ou alors pour ce qui est du ballon rond, on parlera encore et encore de la vitesse d’exĂ©cution d’un attaquant ou des parades Ă©piques d’un gardien de but. Et on peut avoir des regrets : ah, si seulement dans le roman, tel protagoniste avait anticipĂ© tel Ă©vĂ©nement ou bien, si seulement le milieu de terrain de son Ă©quipe favorite Ă©tait allĂ© au contact du joueur adverse sur le corner. Comme les choses auraient Ă©tĂ© diffĂ©rentes alors !

Bref, on refait le match ; on refait le monde. On s’identifie Ă  des hĂ©ros et on entretient des lĂ©gendes et
 parfois des chimĂšres.

LittĂ©rature Et Football Sont Des Industries Populaires Et En PerpĂ©tuelle Évolution

Au dĂ©part, pour taper sur un ballon, on n’a pas besoin de chaussures avec crampons. De la mĂȘme maniĂšre, il n’est point nĂ©cessaire d’avoir le plus gros ordinateur pour taper le texte d’un bestseller. Contrairement Ă  de nombreux domaines, la littĂ©rature et le football sont presque accessibles Ă  tous !

Comme les belles-lettres, le ballon rond dit de nombreuses choses sur les Ă©poques. Avec le libĂ©ralisme et la mondialisation, certaines pratiques se gĂ©nĂ©ralisent. Dans certaines gĂ©ographies, le transfert des stars de la littĂ©rature d’une maison d’Ă©dition Ă  une autre se fait dĂ©sormais Ă  coups de millions. Autre similitude, des agents travaillent avec les Ă©crivains comme leurs confrĂšres encadrent les joueurs. Par consĂ©quent, si certains observateurs trouvent que les schĂ©mas tactiques Ă  l’infini amoindrissent le talent brut de certains joueurs particuliĂšrement douĂ©s, d’autres remarquent que certains Ă©crits, – surtout dans la fiction dite populaire – manquent d’un brin de folie Ă  force de suivre des canevas prĂ©dĂ©finis.

Investir Sur La Littérature Comme Sur Le Foot


À l’Ă©numĂ©ration des nombreux points entre le football et la littĂ©rature, on pourrait pousser l’analyse vers d’autres aspects pour ce qui est de notre pays. Par exemple, ces derniĂšres annĂ©es, de nombreux efforts consentis pour dĂ©velopper le football. Ce sont des actions Ă  encourager. Mais aujourd’hui, il faut aussi construire de splendides bibliothĂšques sur l’Ă©tendue du territoire national Ă  l’instar des grands stades de football dont le maillage va croissant dans les rĂ©gions.

De mĂȘme, maintenant que l’on travaille de maniĂšre sĂ©rieuse à obtenir un championnat local performant, Ă  multiplier des acadĂ©mies et autres structures pour former les champions de demain, l’on doit mettre en place de structures efficace avec des parties prenantes pertinentes pour rendre plus performante l’industrie locale du livre.

C’est de cette maniĂšre que le Cameroun continuera Ă  rester le pays de Mongo Beti et de Roger Milla. C’est ainsi qu’au fin fond de l’un de nos quartiers, un enfant continuera de rĂȘver Ă  la vue d’un ballon de football ou en contemplant la couverture chatoyante d’un livre, avant d’exploser Ă  la face du monde.

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4 Livres Époustouflants Que J’ai Lus En  Écrivant Le Roman Derriùre Le Sourire Du Masque

August 12, 2022 by jmbarga

Il y a des auteurs de fiction qui arrĂȘtent de lire pendant qu’ils Ă©crivent. Ils souhaitent se mettre Ă  une distance raisonnable de toute influence d’autres Ă©crits pour ĂȘtre entiĂšrement Ă  l’écoute de leur authentique voix intĂ©rieure. Ils Ă©vitent de lire de la fiction, mais peuvent aussi inclure dans leur restriction des livres de non-fiction. 

Moi, je continue allĂ©grement de lire toutes sortes d’ouvrages mĂȘme lorsque je suis en plein travail crĂ©atif, d’autant que je pense que lecture et Ă©critures sont deux activitĂ©s complĂ©mentaires.

Je me rappelle donc trĂšs bien de quatre livres que j’ai adorĂ©s lire avant d’entamer la rĂ©daction de mon roman DerriĂšre le sourire du masque ou pendant que j’étais dĂ©jĂ  en train de l’écrire.

Les Damnés De la Terre (Frantz Fanon)

J’ai longtemps conservĂ© une citation de Frantz Fanon que j’avais recopiĂ©e quelque part : « Chaque fois qu’un homme a fait triompher la dignitĂ© de l’esprit, chaque fois qu’un homme a dit non Ă  une tentative d’asservissement de son semblable, je me suis senti solidaire de son acte. Â» Ce n’est que plus tard que j’ai lu le trĂšs cĂ©lĂšbre  â€˜Peau noire, masques blancs’ d’oĂč est tirĂ© ce fragment.

Mais c’est Les damnĂ©s de la terre qui est prĂ©sentĂ© comme le testament politique de Frantz Fanon, lui qui rĂȘvait d’une libĂ©ration totale des peuples et des individus opprimĂ©s. L’avĂšnement d’un ‘homme neuf’, fil d’Ariane de cet ouvrage, est plus que jamais d’actualitĂ© chez nous.

 Il est frappant de voir que Frantz Fanon a Ă©crit en quelques annĂ©es 4 livres majeurs – en plus de ses Ă©crits journalistiques – et qu’il est dĂ©cĂ©dĂ© Ă  l’ñge de 36 ans seulement. D’ailleurs, le livre a paru quelque temps avant sa mort. L’homme aura ainsi connu une vie courte mais un parcours dense et flamboyant !

Une citation tirĂ©e du livre : « Chaque gĂ©nĂ©ration doit dans une relative opacitĂ© dĂ©couvrir sa mission, la remplir ou la trahir. Â»

L’Art Et L’Artisanat Africains (Engelbert Mveng)

Je me souviens encore aujourd’hui, des messes tranquilles de cinq heures du soir Ă  la CathĂ©drale Notre Dame Des victoires de YaoundĂ©. Tout petit, j’étais fascinĂ© par la mosaĂŻque derriĂšre l’autel et j’avais dĂ©jĂ  appris Ă  l’époque qu’elle avait Ă©tĂ© conçue par le rĂ©vĂ©rend PĂšre Engelbert Mveng.

Je n’ai pas eu la chance de lire le recueil de poĂšmes Balafoncomme certaines gĂ©nĂ©rations de lycĂ©ens. C’est pendant des recherches sur l’écriture de mon roman que j’ai dĂ©cidĂ© de m’intĂ©resser au livre du brillant intellectuel camerounais intitulĂ© ‘L’art et l’artisanat africains’.

Un des points captivant dans la lecture de cet ouvrage est le fait que son auteur rĂ©tablit le sens donnĂ© Ă  la fabrication de certains objets dans nos terroirs. Par exemple, il s’appesantit sur la fonction liturgique des masques qui Ă©taient gĂ©nĂ©ralement rĂ©alisĂ©s par des personnes initiĂ©es. Engelbert Mveng Ă©tait aussi un historien chevronnĂ©, et dĂšs lors il replace de maniĂšre didactique et logique certains faits dans leur contexte.

Une citation tirĂ©e du livre « L’artisanat africain ne doit pas ĂȘtre relĂ©guĂ© dans les musĂ©es ni ĂȘtre rĂ©duit Ă  la fabrication en sĂ©rie d’objets utilitaires et laids Â»

Il s’appelait Sankara (Sennen Andriamirado)

Voici un livre que j’ai achetĂ© un jour chez un bouquiniste ambulant quelque part dans un tournedos. Vous connaissez bien ces situations oĂč le vendeur arrive et vous vante si bien le contenu d’un ouvrage qu’il parvient Ă  vous distraire de votre poisson braisé 

 L’ouvrage raconte avec force dĂ©tails les Ă©vĂ©nements du 15 octobre 1987 au Burkina Faso qui ont conduit Ă  l’élimination brutale de Thomas Sankara et au traumatisme de nombreux Africains qui suivaient de prĂšs la maniĂšre dont se dĂ©roulait la rĂ©volution entamĂ©e en 1983. La vision puissante, les actions concrĂštes et les rĂ©sultats probants obtenus par Sankara durant son bref pouvoir traversent le livre de part en part et on ne peut que se demander ce qui serait passĂ© si l’idĂ©al initial de la rĂ©volution avait vĂ©cu.

 Sennen Andriamirado, l’auteur du livre, a travaillĂ© Ă  Jeune Afrique et a Ă©crit, entre autres, deux ouvrages importants sur Thomas Sankara. En lisant ‘Il s’appelait sankara’, on sent que la personnalitĂ© et les idĂ©es de l’ancien homme fort du Faso avaient manifestement marquĂ© le journaliste malgache dĂ©cĂ©dĂ© en 1997.

Une citation tirĂ©e du livre: « Il est certain que Sankara, visionnaire, a vu quelques mirages. Mais l’espoir qu’il a suscitĂ©, en particulier parmi les jeunes Africains, fĂ»t-ce au nom d’un idĂ©al irrĂ©alisable, en a fait un mythe. En le tuant, ses assassins ont contribuĂ© au mythe Â»

DĂ©coloniser L’Esprit (Ngugi wa Thiong’o)

Il y a plusieurs annĂ©es, en dĂ©ambulant dans les allĂ©es du Salon du Livre de Paris, je m’étais arrĂȘtĂ© sur le stand ‘Livres et auteurs du Bassin du Congo’. C’est lĂ  que je suis tombĂ© sur le livre DĂ©coloniser L’Esprit de Ngugi wa Thiong’o. 

C’est un petit essai robuste dont la lecture est instructive pour tout auteur africain. D’ailleurs, c’est grĂące Ă  ce livre que je suis allĂ© lire Les damnĂ©s de la terre puisque Ngugi wa Thiong’o estime qu’il s’agit d’un livre primordial pour tout Ă©crivain africain. DĂ©coloniser L’Esprit est pour son auteur l’ouvrage auquel il dit « adieu Ă  l’anglais Â», l’écrivain ayant dĂ©cidĂ© d’utiliser dĂ©sormais sa langue maternelle dans ses textes. Pour lui en effet, les cultures africaines sont en danger et nos langues ont un rĂŽle important Ă  jouer pour nous permettre de rester en contact avec nous-mĂȘmes.  

Ngugi wa Thiong’o, seul auteur encore vivant de notre liste, est l’exemple mĂȘme de l’écrivain engagĂ© avec une Ɠuvre riche et variĂ©e.

Une citation tirĂ©e du livre : « Chaque langue en tant que culture est la mĂ©moire de l’expĂ©rience collective d’un peuple Ă  travers l’histoire. Pas de culture sans langue pour permettre son apparition, sa croissance, sa sĂ©dimentation, son explication et sa transmission de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Â»

Et Aujourd’hui ?

En plus de leurs idĂ©es, les auteurs ou les personnages Ă©voquĂ©s dans les livres Ă©numĂ©rĂ©s dans cet article sont ou ont Ă©tĂ© des hommes d’action. Les fresques et autres objets d’art d’Engelbert Mveng embellissent de nombreux espaces Ă  travers le monde. Ngugi wa Thiong’o a de maniĂšre pratique commencĂ© Ă  Ă©crire en kikuyu.

Quant Ă  Thomas Sankara et Frantz Fanon, ce sont des personnalitĂ©s qui ont consacrĂ© leur vie relativement courte Ă  la poursuite d’un idĂ©al. En Ă©tudiant le parcours de ces deux avant-gardistes, il me vient Ă  l’esprit cette citation de Martin Luther King, une autre personnalitĂ© active : «Tant qu’un homme n’a pas dĂ©couvert quelque chose pour lequel il serait prĂȘt Ă  mourir, il n’est pas Ă  mĂȘme de vivre. Â»

Il n’est pas surprenant qu’il y ait un engouement pour les idĂ©es de ces visionnaires par les nouvelles gĂ©nĂ©rations. Et par toutes les personnes qui sont en quĂȘte d’authenticitĂ© aujourd’hui.

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