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jmbarga

Douala, La Tech Et Les Objets Pillés

August 5, 2022 by jmbarga

Notes Sur l’Écriture Du Roman ‘Derrière Le Sourire Du Masque’

Il y a une citation de Tony Morrison que j’aime bien : « Si vous voulez lire un livre, mais qu’il n’a pas encore été écrit, vous devez l’écrire. »

Cette citation a dû m’habiter alors que l’idée d’écrire ‘Derrière le sourire du masque’ était encore embryonnaire. Je souhaitais que le roman se déroule dans des contrées que je maîtrise en abordant des thématiques qui me sont familières.

J’ambitionnais de déambuler avec mes personnages dans les rues de Douala en les suivant particulièrement dans ce monde technologique dont on croit à tort qu’il n’existe pas chez nous. Avec l’écriture du roman, je cherchais aussi à comprendre la manière par laquelle nos richesses patrimoniales se sont retrouvées en errance à travers le monde et comment nous pouvons nous organiser au mieux pour leur retour.

LA VILLE DE DOUALA

Pour moi, il n’y existe nulle part ailleurs un lieu aussi empli de vie que Douala. Tout y est : les personnages haut en couleur, les odeurs de toute nature, les plats les plus appétissants ou les discussions enflammées. Tous les sens sont sollicités ! Et il faut parfois faire usage du sixième pour éviter une sordide mésaventure ou, à contrario, tomber sur une affaire ou une personne en or.

Il m’arrive souvent en marchant ici et là d’écouter les gens parler et les conversations sont tellement originales avec des répliques bien à propos qu’on se croirait déjà dans une scène de film, dans une pièce de théâtre ou… entre les pages d’un roman.

Loin des images d’Épinal, la ville de Douala est difficile à saisir totalement. Comment en effet cerner l’âme de cette cité qui va de l’extravagance débridée des rues agitées à la poésie d’un coucher de soleil idyllique que l’on contemple du haut d’un balcon par un calme après-midi d’un quartier résidentiel ?

‘Derrière le sourire du masque’, c’est un peu le roman de la somme de mes déambulations dans les coins et recoins de Douala. Je n’aime rien tant que de me promener ici et là, me perdre et me retrouver, scruter des endroits connus, inconnus ou improbables dont je me réjouis plus tard d’avoir fait la découverte. À ce propos, j’affectionne le mot anglais de ‘wander’ que l’on traduit en français par errer, « vaguer de côté et d’autre, aller çà et là à l’aventure ».

LA TECH

L’environnement Tech est très dynamique au Cameroun. On n’en est pas assez conscient à mon avis. Cela peut être dû au fait que les geeks restent entre eux, dans leur monde. Les acteurs de la Tech seraient-ils des incompris et des marginaux ? J’ai l’impression en tout cas qu’ils apparaissent aux yeux de beaucoup comme des excentriques et des personnes incontrôlables.

Lorsque j’étais en entreprise, j’ai côtoyé quelques personnes du milieu de la Tech et certains sont pour le moins fascinants. J’ai donc voulu faire vivre des personnages évoluant dans cet univers pour rendre les acteurs de cet écosystème et leurs activités plus visibles.

Il m’a semblé également intéressant de voir comment les réseaux sociaux s’immiscent dans notre vie et dans notre quotidien, et ceci sans que nous nous soyons préparés d’une manière particulière. Notre quotidien est désormais fait de buzz et les réseaux sociaux impactent la société en influençant de manière active notre manière de penser, d’être et d’agir. Il faudra sans doute bien réfléchir à la façon dont nous utilisons tous les outils technologiques accessibles aujourd’hui.

LES OBJETS PILLÉS

Il est généralement admis aujourd’hui qu’entre 80 et 90 % des richesses culturelles de l’Afrique se trouve hors du continent. Cela est préoccupant lorsqu’on sait que les objets pillés et emportés vers d’autres cieux constituaient l’âme des peuples et n’étaient pas conçus pour être exposé dans des musées. Le père Engelbert Mveng estime par exemple que ‘Le masque est un costume liturgique conçu et réalisé en fonction d’un rite, d’une cérémonie, d’une célébration dont il récapitule le rôle et la signification dans la vie du peuple. »

Il est indéniable que le départ brutal de ce patrimoine spirituel a traumatisé des peuples et désorienté les individus incapables désormais de s’enraciner dans une identité et d’avoir des repères solides.

De nombreux trafics sur les objets de culte se poursuivre à l’heure actuelle avec l’implication actives de parties prenantes bien organisées. Avec l’envol des prix des artéfacts lors de vente aux enchères et dans des lieux moins officiels, de nombreux appétits sont aiguisés, y compris au sein même des organisations traditionnelles.

C’est ce qui explique que dans le roman, l’histoire se déroule dans un jeu de miroir où l’on suit au présent les aventures des deux principaux personnages, le copywriter chevronné Daniel Mola et la développeuse ingénieuse Halima Alima. Ils font face à une organisation rusée de trafiquants de ressources vitales du peuple Babona. Mais le roi Bongando évoque sans cesse le souvenir de l’objet de culte spolié au cours d’un pillage dans l’histoire douloureuse de la contrée. D’ailleurs, ce souverain, ancien professeur d’université, n’a jamais cessé de réclamer le retour du masque primordial spolié à son peuple et il espère voir de son vivant le retour de l’objet confectionné par ses ancêtres.

EN CONCLUSION

‘Derrière le sourire du masque’ est écrit dans le genre ‘thriller’. Nous devons explorer tous les genres littéraires, en créer d’autres si nécessaire pour dire de la meilleure des façons nos histoires et notre histoire.

Je souhaite demeurer avant tout un storyteller. J’aimerais, en racontant une histoire, que le lecteur s’évade de son quotidien ou de l’instant présent. Mais j’espère aussi que mon lecteur réfléchira avec moi sur une thématique qui peut être importante pour lui ou pour l’humaine condition de manière générale.

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NOUS ET NOS TAMBOURS : Echanges Guadeloupe/Cameroun

July 30, 2022 by jmbarga

par Marie-Héléna Laumuno

NOUS ET NOS TAMBOURS

Retour sur échanges Guadeloupe/Cameroun, dimanche 24 juillet 2022, 10h-12h20

Le panel réunit des Guadeloupéens et des Camerounais représentants  deux peuples frères que l’histoire a installés de part et d’autre de l’Atlantique. Lorsque les membres d’une même fratrie se rencontrent, ils racontent leurs souvenirs passés et évoquent leurs héritages. Les  tambours font partie des héritages communs aux deux peuples indiqués.

Il s’agit de se demander si, de part et d’autre de l’Atlantique, les frères et sÅ“urs  guadeloupéens et les frères  et sÅ“urs camerounais, font les mêmes usages des tambours. Autrement dit, nos tambours ne sont  t’ils que des instruments de musique parmi tant d’autres ?  

Quatre portes d’entrée ( littérature, danse et chorégraphie, école de musique, contes et mots) sont choisies pour stimuler nos échanges introduits par des photographies et des vidéos soigneusement sélectionnées.  

Des Å“uvres littéraires, en particulier, un tout dernier roman (« Derrière le sourire du masque Â»,  Proximité, 2021)  dénonçant le pillage des Å“uvres africaines, nous dévoilent  Joseph Mbarga en auteur engagé et sensible aux pratiques culturelles de son pays . L’écrivain y montre les tambours par Le Ngondo (cérémonie en danses et musiques aux tambours) et  par des oeuvres tambourinaires meurtries par le pillage colonial. Par ailleurs, si le musicien aux tambours se nomme djembiste au Cameroun et en Afrique de l’Ouest plus largement, le créole guadeloupéen a su récemment construire des mots  : tanbouyé , tanbouyèz ou fanm-tanbouyé ( que MHL défend parce que plus fondal-natal) pour nommer le musicien et son homonyme féminin.  Qu’il ou elle s’exerce en Guadeloupe, sur les tambours conventionnels du léwòz  ( rencontre nocturne en chants, musiques et danses aux tambours autour d’un public participant) ou sur le djembé ka  ( depuis les années 1970) ou encore sur des tambours des déboulés ( marche rapide  rythmée aux tambours) du Carnaval, la désignation est la même.  Marie-Héléna Laumuno dresse  un bref portrait des tambours guadeloupéens de racine africaine. Cette auteure, dont l’histoire contemporaine du rapport des Guadeloupéens au  gwoka ( pratique musicale et chorégraphique aux tambours de la Guadeloupe), constitue  l’essentiel de ses publications et travaux de recherche, retrace le parcours du musicien aux tambours. Actif depuis l’Afrique subsaharienne ancienne et sans désignation particulière,  il faut attendre les années 1940 pour que la Guadeloupe attribue à son musicien aux tambours, un nom précis.    

Mobiliser les tambours pour socialiser, canaliser, redonner confiance, construire l’estime de soi envers des enfants déficients ; que de rôles dévolus aux tambours ! Le défunt trompettiste et tanbouyé guadeloupéen Edouard Ignol dit Kafé ( 1941-2017) est évoqué comme pionnier de la thérapie aux tambours et maître inspirant en la matière.  Il convient aussi de faire danser, tous niveaux confondus pour vivre pleinement, sans complexe l’appel des tambours. Ces champs d’action sont principalement dévolus aux artistes  Karine Blonbou et Amidou Nwoundi qui se retrouvent dans une double démarche : soulager tout en valorisant une pratique culturelle.

De même, les tambours sont convoqués pour communiquer  et pour affirmer une identité . Et l’on ne saurait oublier le tambour géant nommé Fondal-Ka  par le Comité International des Peuples Noirs qui l’a fait ériger en 2012 grâce à la souscription populaire. S’imposant par la taille dans le paysage de Duval Petit-Canal en Guadeloupe il répond, curieusement au  tambour d’appel au rassemblement pour une cause guerrière, monument géant en position horizontale de 4m de longueur et 1,5m de diamètre  Ã  Foumban dans la capitale du peuple Bamoun au Cameroun. Et que penser de cet autre tambour géant, du peuple Atchan de la région d’Ébrié en Côte d’Ivoire, connu sous le nom de Djidji Ayokwe, de 3,31m de haut et pesant 430kg, que les Ivoiriens identifient à un « tambour parleur Â» ? Ce tambour fait partie des Å“uvres pillées par la France et doit être incessamment rendue à la Côte d’Ivoire. C’est dire que nos tambours sont à la fois des Å“uvres d’art au service du pouvoir par le passé et du contre-pouvoir aujourd’hui.  

 Tambours pour le deuil en Guadeloupe et au Cameroun, tambours lors des mobilisations  sociales  en Guadeloupe, tambours et sport, tambours pour la fête, tambours objet de culte… tambours au cÅ“ur de la vie ! Alors quelle performance est envisagée dans l’apprentissage du jeu tambourinaire ? L’école de musique du tanbouyé et directeur artistique Jimmy Bassien de l’association Lakou Véranda, est localisée dans la ville de Sainte-Anne en Guadeloupe. Elle transmet le chant, la danse et la musique aux tambours à des enfants et adultes et incite  par le léwòz  Ã   la transmission de terrain. Comme Karine et Amidou, la prise en charge de la déficience intellectuelle  a nourri la motivation de Jimmy.

Tambour pour dire. Yam Narcisse, participant volontaire à l’échange, sollicite depuis quelques années, des témoignages d’acteurs par la radio privée. Ondoa l’Africain et Lukuber Séjor posent des mots sur le tambour, l’un pour conter, l’autre pour marteler un positionnement ( « le tambour a aidé les esclaves à survivre et à se libérer de  l’esclavage  colonial Â»).

En définitive, comme le fait remarquer Joseph Mbarga, les usages des tambours sont communs à la Guadeloupe et au Cameroun. Les tambours sont des paroles qui vivent sur le même « tempo Â» de part de d’autre de l’Atlantique. Les tambours sont des médias aux rôles multiples : rassembler, transférer, évoquer, invoquer, guérir… Un champ plus étendu qu’un simple instrument de musique… Bref !

On garde le contact, on se transfère ce qui se fait autour des tambours chez nous et chez vous. On se revoit. On ne se quitte plus !

MHL, 24 juillet, Douville, Ste Anne.

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Pourquoi Une Rencontre Au Sommet Cameroun France  Aujourd’hui Doit Inclure Une Restitution Des Objets Locaux Pillés

July 19, 2022 by jmbarga

Depuis quelques jours, l’annonce de la visite du Président français Emmanuel Macron au Cameroun les 25 et 26 juillet prochains est officielle.

Pour les personnes qui espèrent un retour effectif des biens patrimoniaux camerounais spoliés et dispersés à travers le monde (y compris en France), cette visite peut-elle être significative ? La réponse est évidente : oui, si le séjour d’Emmanuel Macron à Yaoundé permet une avancée significative du processus de rapatriement des objets pillés.

 L’opinion nationale serait alors édifiée sur les derniers développements du dossier pour ce qui est des deux pays en présence. Par ailleurs, pourquoi l’occasion de la visite ne permettrait-elle pas un rapatriement effectif de quelques objets de culte ou des trésors royaux en guise de preuve d’actions tangibles ?

Acter L’ancienneté Des Réclamations De Restitution Des Objets Pillés

Il est inexact de croire ou de prétendre que les réclamations sur le retour des artefacts africains en errance à travers le monde sont récentes. Cela relève d’une méconnaissance du sujet ou de la mauvaise foi. De même, il n’est pas vrai que les débats sur la thématique du rapatriement du patrimoine viennent des initiatives prises en dehors de l’Afrique.

De la même manière que les chefs locaux et les populations dans leur immense majorité ont résisté aux envahisseurs au moment des confrontations historiques, de nombreuses forces et des parties prenantes n’ont eu de cesse de réclamer le retour des objets qui avaient été enlevés ou emportés par la ruse. De fait, ces requêtes ont débuté aussitôt que les objets sont partis vers d’autres horizons.

Au Cameroun, Mongo Beti, Engelbert Mveng et bien d’autres écrivains en parlent dans leurs écrits dès les années 60-70. Le professeur Prince Kum’a Dumbe III réclame le retour du Tangué royal de son ascendant Lock Priso depuis plusieurs décennies et l’éminent historien est engagé de façon plus globale à la sensibilisation sur la restitution des patrimoines africains.

On se souvient aussi qu’à l’issue de nombreuses péripéties, le retour de la statue Ako Afom en 1973 fut salué en son temps par le pays tout entier comme un événement majeur et que l’événement se déroula en présence du président Ahmadou Ahidjo.

Informer Les Camerounais Des Dernières Évolutions

La plus grande crainte actuelle est que le sujet du retour des objets spoliés ne soit pas abordé entre les officiels camerounais et français ou tout du moins que l’on n’en parle pas lors des comptes-rendus officiels. Les Camerounais.es continueraient alors à rester dans le flou sur le rapatriement du patrimoine cultuel et culturel de leur pays comme si  cela constituait un sujet accessoire.

Dans le fameux discours à l’Université de Ouagadougou en 2017, le président Macron déclarait « Je veux que d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique. » Cinq ans plus tard, les conditions suggérées devraient être réunies ou seraient en phase de finalisation pour tenir cette promesse essentielle. S’agissant du Cameroun, il sera important d’avoir la situation sur les évolutions récentes du retour des biens spoliés. Ce n’est qu’ainsi que les discours ne resteront pas des vÅ“ux pieux.

Prendre Toute La Mesure L’importance des Objets Pillés en Provenance du Cameroun

Alors que plusieurs pays africains ont accueilli le retour de quelques objets significatifs ces derniers temps, aucun rapatriement officiel n’a été noté pour le Cameroun. Les biens culturels confisqués en provenance de notre pays et en errance dans le monde sont pourtant nombreux.

Pour ce qui concerne la France et seulement au Musée du Quai Branly, le rapport Sarr-Savoy indique le chiffre de 7.838 objets venant du Cameroun, classant ainsi notre pays en deuxième position de ceux dont la provenance des objets est formellement identifiée. Et on ne parle là que d’un seul lieu dans un seul pays !

De plus, les œuvres patrimoniales d’origine camerounaise battent des records lors des ventes. C’est le cas par exemple du masque Fang Mabi qui a coûté 4,35 millions € lors d’enchères à Paris en 2014.

S’appuyer Sur Les Tendances Irréversibles Du Retour Des Objets Spoliés

Le 25 mai dernier lors d’un conseil de cabinet à Yaoundé, le Premier ministre, Joseph Dion Ngute chargeait le ministre des Arts et de la Culture, de mettre sur pied une stratégie nationale en vue du retour au Cameroun des trésors du patrimoine national emportés en Occident avant l’indépendance du pays.

Sur un autre plan, les initiatives cruciales des organisations et des activistes au Cameroun et dans la diaspora se multiplient et aboutissent à des résultats probants. C’est ainsi qu’il y a quelques semaines seulement, le conseil d’administration de la Fondation du patrimoine culturel prussien en Allemagne a accepté le retour de la célèbre statuette Ngonnso spoliée à la communauté Nso.

C’est dire que la dynamique du retour est irréversible cette fois, le peuple camerounais ayant pris conscience du fait que l’absence des objets patrimoniaux a porté atteinte depuis des lustres à son identité et à sa culture. Toutefois, les différentes initiatives devraient être encouragées et boostées par des signaux forts et des actes concrets venant des hautes sphères du pays, notamment lors d’occasions particulières afin de garder le cap et de maintenir l’élan pris.

Saisir Une Opportunité Unique Pour Crédibiliser les Initiatives Annoncées

Avec un acte fort de restitution d’objets pillés, la rencontre prochaine au sommet entre les présidents du Cameroun et de la France apparaîtrait comme un moment notable pour les Camerounais désormais engagés dans une quête inextinguible de leur patrimoine essentiel après de nombreuses décennies de séparation, d’absence et d’arrachement.   

Même si à l’occasion de la visite du président Macron, une restitution d’objets cultuels ou d’attributs royaux camerounais ne serait que symbolique, elle aurait au moins le mérite de montrer que les lignes bougent sur le plan officiel.

Ne pas se saisir de part et d’autre de cet événement pour agir de façon déterminante sur le rapatriement des richesses patrimoniales camerounaises serait une regrettable occasion manquée pour les deux pays en ce moment précis.

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5 Citations de Pabé Mongo pour Devenir Un Écrivain Percutant de la Nouvelle Littérature Camerounaise (NOLICA)  

July 15, 2022 by jmbarga

Avez-vous déjà ressenti le besoin de vous abreuver de savoir auprès de l’un de nos grands écrivains au Cameroun pour découvrir quelle est sa vision de la littérature ?

Pabé Mongo, de son vrai nom Pascal Bekolo Bekolo a publié de nombreux livres : romans, nouvelles, contes et essais. Plusieurs de ses Å“uvres ont été inscrites dans les programmes scolaires au Cameroun et en Afrique.

J’ai lu certains de ses livres dont Père inconnu et L’homme de la rue. La découverte, il y a plus d’une décennie, de l’ essai ‘La Nolica (La Nouvelle Littérature Camerounaise), Du maquis à la cité m’a particulièrement marquée. L’ouvrage est frappant dans la synthèse de l’évolution de la littérature camerounaise. Ce petit livre au grand pouvoir m’a permis de changer mon rapport à l’écriture.

Je viens d’apprendre qu’il y a une réédition de l’ouvrage et je n’ai pu m’empêcher d’aller rouvrir celui que j’ai pour partager quelques citations inspirantes.

1. « On n’écrit pas un livre pour tuer le temps, mais pour marquer le temps. »

Les histoires que nous racontons doivent être envoûtantes pour capter l’attention des personnes qui nous lisent. Idéalement, nos livres continuent à vivre après nous, en devenant parfois plus importants que nous.

Au vrai, l’acte d’écrire est une démarche grave. Aligner des lettres, des mots et des phrases se fait sur le moment, mais son impact peut s’étirer dans le temps. Après nous, nos personnages pourront toujours exister. À  ce propos,  Gustave Flaubert aurait affirmé sur son lit de mort : « Cette pute de Bovary va vivre et moi je vais mourir comme un chien. »  

Avec les mots, on entreprend un voyage en partant d’un acte d’écrire éphémère  à une éternité des écrits.

2. « Le défi aujourd’hui va consister à créer des histoires originales, audacieuses, spirituelles, universelles, dans un contexte illusoirement familier. »

Ernest Hemingway pense qu’ « un bon écrivain doit connaître chaque chose d’aussi près que possible. » Pour cela, il faut prendre le temps d’observer ou d’apprendre si nécessaire. Il y a en effet un piège à prendre pour connu ce que l’on côtoie au quotidien.

Le contexte est « illusoirement familier Â» parce que nous pensons maîtriser l’environnement qui nous entoure. Mais cette connaissance n’est pas aussi exacte qu’on pourrait le croire, en particulier dans nos géographies où nous devrons tôt ou tard nous débarrasser de toutes les couches d’inexactitudes et de contrevérités qui se sont déposées sur notre perception de nous-mêmes au fil du temps.

C’est à nous de nous saisir de nos réalités et de traduire la justesse des situations. Voilà comment notre travail devient original et nous rapproche partout de nos semblables.

3. « Un écrivain doit être un homme cultivé, documenté, qui fabrique le rêve à partir de fortes et riches expériences et connaissances. »

C’est un avantage certain pour tout écrivain de connaître l’histoire de la littérature et d’étudier  quelques acteurs importants qui l’ont marquée.  Grâce à une bonne culture, l’écrivain parvient à transcrire des réalités profondes dans une apparente simplicité.

On a tous lu ce petit livre écrit contenant des mots simples et on l’a adoré. On y revient sans cesse pour éprouver une émotion particulière, retrouver un personnage devenu presque familier ou encore pour éclater d’un rire bruyant à la lecture.

C’est qu’écrire, ce n’est pas simplement retranscrire telle quelle la matérialité, nos expériences ou nos connaissances. Écrire, c’est rassembler et sublimer un outillage brut et épars pour « fabriquer le rêve ».  

4. « La Nolica exhorte [les écrivains] à retrouver la fierté d’être Camerounais et l’aptitude à pétrir le matériau camerounais, ses beautés, ses laideurs, jusqu’à en faire des joyaux pour l’humanité. »

C’est en étant fils ou fille du terroir, en s’intéressant aux thèmes du cru et aux formes d’inspiration locale que l’on touche au monde dans son ensemble. Il s’en suit que pour enrichir l’universel, il faut d’abord être fidèle à soi. 

Un auteur vivant à Douala trouvera les mots adéquats, la bonne association et le rythme exact pour décrire cette ville qu’il arpente chaque jour. Il captera et décrira les faits du quotidien dont certains paraissent à première vue insignifiants. 

En somme, l’écrivain camerounais comme tout autre écrivain va « rassembler les meilleurs mots, avec toute l’aide possible, lexicologique, associative et rythmique, pour exprimer aussi fidèlement que possible ce  qu’il veut exprimer.» comme l’affirme Vladimir Nabokov. C’est cela  peaufiner le matériau que l’on va offrir à l’humanité entière comme chef-d’Å“uvre. 

5. « L’art  ne saurait être une indolence. Une œuvre d’art qui n’est fondée sur aucune règle, ni aucun défi, ne peut susciter ni admiration, ni émerveillement. »

« Le grand écrivain crée un univers qui lui appartient en propre, et ses lecteurs sont fiers de vivre à l’intérieur de celui-ci. » nous dit Cyril Connolly dans Ce qu’il faut faire pour ne plus être écrivain. On ne crée certainement pas tout un univers où l’on fait vivre ses personnages en étant nonchalant ! Ceux qui travaillent comme des créatifs dans la publicité savent que les campagnes les plus abouties sont celles qui respectent le brief et ses contraintes. De la même manière dans la création littéraire, la contrainte ou la règle (quelle que soit sa forme) est le catalyseur de la créativité.

L’émerveillement du lecteur vient de l’appropriation de l’univers qu’il découvre. Cette découverte et cette exploration se font sans naïveté ni concession pour l’ouvrage. À la moindre rupture des contraintes que s’est librement donné l’auteur d’une œuvre, le charme des écrits s’effrite côté lecteur et ce dernier peut aller jusqu’à abandonner le livre.

Un essai à (re) Lire !

Un conseil ou une astuce n’est pas figé dans le marbre et dans son essai Pabé Mongo affirme lui-même qu’il ne se considère pas comme un prophète ou un législateur. Toutefois, ‘La Nolica (La Nouvelle Littérature Camerounaise), Du maquis à la cité est un document essentiel pouvant guider l’écrivain sur le chemin de la création aujourd’hui.

Si les extraits que je partage vous ont intéressés, achetez l’ouvrage et lisez-le vous-même. En vérité, vous ne le refermerez pas avant d’en avoir apprécié la dernière phrase. L’évocation de l’essai de Pabé Mongo ravive du reste le souvenir d’un autre livre vital : Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke…

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4 Artefacts Majeurs Provenant du Cameroun Que Vous Devez Connaître

June 12, 2022 by jmbarga

Nous nous posons probablement tous la même question….

Où se trouvent précisément les objets pillés dont on parle ici et là ? C’est un questionnement légitime constituant une étape importante pour toute personne qui souhaite par la suite découvrir le rôle, la place et les usages des biens patrimoniaux avant leur pillage.

  Tous les objets ne sont pas de même nature et certains ont eu une signification, une histoire ou une résonnance particulières pour les peuples qui les ont conçus. Et la connaissance et les pérégrinations à travers le monde de ces objets méritent d’être connues également.

Les démarches individuelles, collectives ou officielles pour le retour des objets sacrés sont nombreuses et ces initiatives vont sans soute se multiplier. Car beaucoup d’entre nous rêvent de nous nous retrouver en présence d’un masque illustre ou d’une statue sublime issus de nos terroirs et dont nous sommes certains de ressentir la force et la vibration dans notre être.

Au vrai, il n’est pas inutile en attendant, de chercher et d’étudier encore et encore les très nombreux artefacts de notre pays qui sont disséminés à travers le monde.  

Le Tangué de Lock Priso (Kum’a Mbape Bell)

Le Tangué de Lock Priso est actuellement logé dans le musée des sept continents de Munich. Dérobé le 22 décembre 1884 par les Allemands après le bombardement de Hickory Town (aujourd’hui Bonabéri), son histoire est singulière en ce sens que son rapt est intimement lié à l’histoire du Cameroun. C’est en effet la proue de la pirogue princière à bord de laquelle Lock Priso menait la résistance à l’envahisseur.

Après le refus de Lock Priso de signer le traité germano-douala, l’armée allemande va attaquer la ville et l’incendier. C’est pendant le déluge de feu qui dura plusieurs jours que fut emporté le Tangué, véritable symbole pour le peuple local, sachant qu’une fouille minutieuse du palais de Lock Priso fut effectuée avant que les soldats ne le carbonisent.

Le challenge évident aujourd’hui pour la grande communauté Bele bele  et les Camerounais est que  cette grande œuvre sculptée en bois représentant le prestige du peuple qui l’a construite, retrouve son emplacement originel. C’est en tout cas le combat que mène avec détermination le prince Kum’a Ndoube III et qui n’a malheureusement pas abouti jusqu’à ce jour.  

Le Tabouret Royal Bamoun

Le trône royal est exposé au musée ethnologique de Berlin. Il se trouve en Allemagne depuis un siècle, ayant été transporté directement vers le musée depuis 1908.  

C’est sous la pression de l’administration coloniale allemande que le sultan de l’époque a accepté d’offrir son trône à l’empereur Guillaume II. À l’époque, le royaume Bamoun était annexé à l’Allemagne (et il n’est pas inutile de rappeler que ce sultan sera finalement exilé à Yaoundé sous la période de l’administration française.) Il se pose ici la question des asymétries entre parties prenantes au moment où certaines transactions sont censées avoir eu lieu, des asymétries qui pouvaient être diplomatiques, commerciales ou militaires. Le moins que l’on puisse dire est que cet attribut royal manque à son peuple, la preuve étant que plusieurs personnes au Cameroun et dans la diaspora réclament le retour du trône de perle dans sa terre à Foumban.

La Statue De La Reine Bangwa

The Bangwa statue may have been looted from the grasslands region of Cameroon during the colonial era (Image: © Archives Musée Dapper – Photo Hughes Dubois)

On estime que la statue de la reine Bangwa (aujourd’hui région du Sud-Ouest) arrive entre les mains d’un ressortissant allemand aux environs de 1899 (quelque temps avant le début officiel de la colonisation de la région). Plus tard, la statue va atterrir au Museum für Völkerkunde de Berlin. L’objet de culte s’est retrouvé dans plusieurs villes au gré des acquisitions : Berlin, Paris, New York, Washington. La vente record de 3.4 millions de dollars intervient en 1990 et aujourd’hui la statue est au Musée Dapper.

Depuis de nombreuses années, des démarches sont entreprises auprès du musée qui a fermé entre temps. L’une des plus grandes craintes aujourd’hui est que la statue ne retombe dans le marché dit de l’art et peut-être que l’on perde potentiellement la trace de cet objet unique en son genre.

Et si les demandes de rapatriement de la statue de la reine Bangwa sont incessantes, c’est sans doute que son peuple juge que le retour du bien patrimonial dans son lieu de création, lui donnerait  une nouvelle vie en même temps qu’elle réveillera des mémoires.

La Statue Fang Mabea

Il y a un plus de deux mois, le masque ‘Ngil’ du peuple Fang du Gabon était vendu aux enchères à Montpellier en France pour 4,2 millions d’euros. La vente de cet objet a suscité de nombreuses polémiques puisque des manifestants gabonais étaient présents lors de la transaction et exigeait la restitution du bien à leur pays.  

Quelques années auparavant, le 18 juin 2014, une statue Fang Mabea originaire du Cameroun était elle aussi vendue à Paris pour la somme de 4,35 millions d’euros. La statue aurait été emportée par les Allemands lors d’affrontements avec le chef Mayesse (Biang buo mpumbo) qui résista héroïquement à l’envahisseur avec ses troupes avant d’être pendu (22 mars 1893 à Bongahele) comme le serait plus tard Martin Paul Samba et d’autres chefs Camerounais à travers le pays. Comme pour d’autres objets rituels, sacrés et cultuels, cette statue constitue bien un élément du corpus de l’identité et de l’histoire du peuple Mabéa qui ne cesse de ressentir la douleur d’un arrachement brutal d’une partie de son essence.

L’Agrégation Des Savoirs Encore Existant

De temps à autre, nous entendons parler des artefacts de nos pays dispatchés à travers le monde. Lors d’une vente aux enchères record ou d’une polémique retentissante sur un objet, il fait la une de l’actualité avant que sa présence ne s’efface aussi vite qu’une étoile filante dans le ciel par une nuit obscure. Quelques jours après, il ne reste que le souvenir fugace d’un masque ou d’une statuette semblable à ces visages ou ces silhouettes inconnus que l’on a perçus distraitement à une soirée où nous étions invités.

Les artefacts issus de nos géographies ne doivent plus seulement être ces objets que nous voyons lors de flashes toutes les quinze minutes sur les chaînes d’informations en continu pour les oublier le lendemain lorsque l’actualité aurait imposé autre chose. Il est nécessaire de retrouver et d’agréger tous les savoirs issus des biens patrimoniaux encore disponibles pour les perpétuer, par exemple en les incluant dans le système éducatif, de l’école primaire à l’université.

Il faut agir afin que les nouvelles générations aient une vision du monde cohérente et conforme à leur environnement. Et avant qu’il ne soit définitivement trop tard !

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