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Contes De Fey Du Continent : Interview Media

October 14, 2024 by jmbarga

Un extrait de notre interview dans l’émission ‘O Café’ de Media Prime Time TV. Nous avons parlé de culture, de littérature et de mon dernier livre ‘Contes de fey du continent’

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De La Pléonexie, De l’Hubris Et De La Toponymie (Ou Les 3 Piliers De Mon Recueil De Nouvelles)

August 26, 2024 by jmbarga

PLÉONEXIE


La pléonexie est le désir d’avoir toujours plus. La feymania correspond donc à la forme actuelle et locale
de cette avidité sans frein. À partir du moment où un individu cherche à avoir plus que ce qui lui revient,
c’est la porte ouverte à toutes les formes de filouterie, de canaillerie et finalement de disruption négative
au sein de la cité.


Le feyman use en effet de faux-semblants sur le dos d’autres individus pour capter ce qui leur appartient.
Cela a pour corollaire dans certaines circonstances l’accaparement du bien commun. L‘avidité effrénée
peut avoir pour origine la réification en archétypes absolus de réussite de certains modèles questionnables dans notre société aujourd’hui, car au final, chacun peut observer que ces dérèglements mènent à des
impasses.


HUBRIS


Le moins que l’on puisse dire, c’est que les personnages du recueil de nouvelles ‘Contes de fey du
continent’ sont habités par le syndrome de l’hubris, c’est-à-dire à cette démesure qui a pour soubassement l’égoïsme. Par conséquent, le regard qu’il porte sur eux-mêmes et sur la réalité environnante est déformé. Voilà comment il est possible de passer assez vite du rationnel à l’irrationnel et du ‘comique au cosmique’ selon la formule de Vladimir Nabokov.


Les attitudes excessives : arrogance, prétention, manipulation, abus de pouvoir ou transgression
deviennent le lot commun de la vie dans la cité. Avec cela, la citation de Dostoïevski ci-après est plus que
jamais d’actualité : « C’est en réfléchissant sur les réalités actuelles les plus insignifiantes en apparence
qu’on se fait une opinion sur les tendances de son temps, sur les dangers à combattre et sur les infinies
complications de la nature humaine. »


TOPONYMIE


Parlant de réalités apparemment insignifiantes, s’il y en a une sur laquelle on peut s’attarder, ce sont les
noms que l’on donne spontanément aux lieux dans nos villes. En suivant les faits divers dans nos quartiers, l’on en vient parfois à se demander s’il n’y a pas une prédestination ou alors une espèce de fatalité à ce que certaines histoires se déroulent précisément à certains endroits.


Par exemple, qu’est-ce qui peut bien se passer à ‘Trois Voleurs’ ou au ‘Carrefour J’ai raté ma vie’ ? Mais là
aussi, certains noms populaires attribués de manière informelle à des lieux de nos cités montrent en réalité une admiration ou une sacralisation de certaines antivaleurs quand cela ne correspond pas à des variations de défaitisme intériorisé.


Le recueil ‘Contes de fey du continent’ est ainsi constitué d’histoires qui se déroulent à des endroits
singuliers ; c’est une petite promenade dans certains coins de la ville de Douala où l’on trouve des histoires comiques à foison.

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Je Saisis Une Vision Du Monde Où Le Présent Est Le Creuset Dans Lequel Le Passé (hier) Ne Meurt Jamais, Car Il Doit Donner Naissance Au Futur (demain)

March 15, 2024 by jmbarga

Vous avez déjà écrit une dizaine d’ouvrages dans le domaine spirituel et l’approfondissement de la foi, pourquoi avez-vous ressenti le besoin de vous attaquer cette fois à la poésie ?

D’abord merci énormément pour l’intérêt que vous portez à cette modeste publication.

La réponse à votre question est dans le poème sur le Prêtre. Je suis un pont, un lien. Tout ce qui est humain doit être porté à Dieu, et tout l’univers divin doit trouver place dans le monde humain.

Concrètement, j’ai décidé de publier ce recueil de poésie afin de prendre place, comme prêtre, dans le monde de lumière qu’est la Littérature. Les Écrivains, à mon avis, sont des guides véritables, que devraient écouter ceux qui dirigent. Conduire sans les phares est un danger pour tous, de même diriger sans écouter les guides. J’entends ainsi faire entendre ma faible voix dans le chœur de celles et ceux qui éclairent par les paroles et les mots.

Le titre de votre recueil de poèmes ‘YÀÀNI’ est en langue Basa’a. Comment mettez-vous en perspective ce titre avec l’ensemble des poèmes du recueil ? S’agirait-il là d’un syncrétisme culturel ou même d’une inculturation littéraire ? (rires)

De prime abord, il faut dire que je me sers du français comme un véhicule et je compose en écoutant au fond de mon cœur le génie de la langue Basa’a. Comment on dirait ceci ? Comment exprimerait-on telle idée en Basa’a ? Donc j’essaie de laisser résonner la culture Basa’a dans ma pensée.

C’est ainsi que justement le terme Yààni me donne de découvrir tout une philosophie, une vision du monde. Le même terme Yààni désigne hier et demain ! Au-delà d’une apparente pauvreté de vocabulaire, je saisis une vision du monde où le Présent est le creuset dans lequel le Passé (Hier) ne meurt jamais, car il doit donner naissance au Futur (demain).

Je n’oserais pas parler de syncrétisme littéraire, mais plutôt d’une mise en valeur de nos langues nationales, qui nous permettent d’exister, de nous affirmer et de nous rencontrer.

D’une manière plus générale quelle est l’importance du choix du langage et des maux dans votre travail de poète ?

C’est une question difficile pour moi, car je distingue langue et langage. Dans le langage, je mettrais la forme littéraire, qui me permettrait de mieux m’exprimer. Mais d’abord, je refuse de faire de la poésie classique avec la versification selon le nombre de pieds ou de syllabes, parce que je n’en suis pas capable et surtout parce que je conteste l’idée selon laquelle la Poésie soit une invention Gréco-occidentale. Chaque maman qui tient son bébé dans ses bras devient poétesse, comme le mâle qui s’attaque à la forêt vierge de ma campagne au rythme d’une musique intérieure. J’entends monter souvent en moi la voix de ma grand-mère encourageant ses petits-enfants, filles et garçons, en train de quémander la vie à la terre.

Vous comprenez que je ne choisis pas les mots : comme dit dans le poème d’ouverture, je contemple, je me laisse habiter, posséder et pour retrouver ma liberté, je tiens le clavier de mon téléphone et j’écris d’un jet ce que je ressens, quitte à corriger après, une fois sortie de la transe.

Dans la « Blanche colère de Noir » de vos écrits, vous semblez insister sur la nécessité de fédérer nos énergies et de diriger notre regard vers la lumière. Par ailleurs, vous vous appuyez sur nos héros et nos nombreuses références culturelles. Comment ces points d’appui peuvent servir de lanternes pour arriver aux objectifs désirés ? 

Le Futur est préparé, cuit dans la marmite du Présent où se trouve déjà le Passé. Nous ne sommes pas les premiers habitants de ce Triangle, nous ne sommes pas les premiers êtres à semer nos gémissements sur les routes de nos errances ou les champs de nos souffrances. Les combats menés aujourd’hui pour l’existence, la valeur de la vie, la liberté respirée à pleins poumons, ces combats ont été menés par nos Héros qu’on tient à maintenir sous le boisseau de l’indifférence.

Vous savez, on ne se valorise pas en dévalorisant l’autre. Tu ne peux dévaloriser l’autre que parce que tu t’es déjà dévalorisé toi-même.

Nous ne faisons que poursuivre timidement et humblement ces Phares que sont Um Nyobè, Ouandié, Osende Afana, Mveng, Philombe et j’en oublie. Mais nous ne pouvons pas nous relier aux Héros du Passé si, au Présent, nous ne mettons pas ensemble nos petits scintillements individuels pour en faire une Lumière éblouissante qui traverse les écailles de tous les aveugles obstinés. Ce n’est qu’ensemble que nous pouvons vivre, nous battre et vaincre. Aucun être humain n’est une île !

Césaire dit dans Cahier d’un retour au pays natal : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. » En tant que poète de notre époque et dans notre géographie, est-ce que vous vous inscrivez dans une démarche similaire ?

Absolument ! La Parole que je porte est le tonnerre qui brise les rochers séculaires des consciences anesthésiées.

Voyez-vous, le travail le plus compliqué dans la croissance d’un peuple, c’est la transformation de la mentalité. Tout le monde se préoccupe du manque d’infrastructures sanitaires, de la bonne tenue des voiries urbaines, etc. Toutes choses utiles, évidemment. Très peu, cependant, s’intéressent à la construction de l’esprit humain. Sans le développement de la richesse humaine, il n’y aura pas du tout développement, pour le dire avec le philosophe Njoh Mouelle Ebenezer.

Tout en parlant donc au nom de celles et ceux qui n’ont assez de souffle que pour tenir debout, je leur parle aussi pour qu’ils se redressent, se tournent vers la Lumière qui pointe à l’horizon.

Le poète est un devin, et vous êtes un prêtre. L’on est tenté de vous demander quels grands secrets sont enfermés dans notre triangle national pour que ses composantes vous habitent avec tant de force ? Que répondriez-vous à un lecteur qui trouve alors que votre recueil de poèmes distille une poésie du « Hemlè » bien connu chez nous ?

Je suis d’accord avec vous : le poète est un devin, c’est un prophète, comme le prêtre que je suis. Merci d’avoir perçu ce Hemlè qui m’anime, en vrai Camerounais.

En plus de l’amour-passion que j’ai pour le Cameroun, car c’est la Terre où m’a posé mon Créateur, comme lieu de mon épanouissement et de mon salut, je porte en moi cette vision du Cameroun qui est en construction. Les fondations sont jetées par le sacrifice de tous ces Héros dont le Sang irrigue aujourd’hui, dans le silence de l’indifférence et de l’anonymat, l’esprit des Jeunes femmes et hommes. Tout le monde s’agite dans le domaine politique, qui ne nous apportera pas le bien-être. C’est l’humain, passé par le pressoir de la souffrance, et habité par ce Hemlè que rien ni personne ne peut arracher du cœur des Camerounais, c’est cet humain qui va briser le pouvoir de Satan, et faire jaillir la Lumière dont notre pays est porteur…

Quels sont les poètes ou les œuvres littéraires qui ont eu l’influence la plus importante sur votre travail ? Et quels conseils donneriez-vous aux poètes en herbe ?

Mon oncle maternel, qui vit encore, m’a transmis le virus de la lecture. Je ne serai pas honnête si je disais avoir subi l’influence de tel poète ou de tel écrivain. Je suis en train de suivre la route qui m’est tracée. Toutes les lectures faites, comme celle de Ernest Hemingway, de Césaire, Nyunaï (qui a composé des poèmes en Basa’a), de Constant Virgil Gheorghiu, Mveng et autres, ces lectures ont été élevées dans le fût de la Parole de Dieu, dont le Souffle m’habite et me porte.

Quels conseils donner : lire, lire et lire; ensuite écouter le retentissement intérieur du monde extérieur ; enfin écrire, non pas pour être quelqu’un, on l’est déjà, mais pour risquer le partage, aller vers les autres et se laisser accueillir ou ignorer.

Pour finir, un mot sur vos prochains travaux ou projets littéraires et comment trouver votre livre actuellement ?

Le vol de mon laptop a brisé l’élan de mon esprit sur un projet poétique qui me tenait à cœur. En attendant de me remettre dans le sens du Souffle, je travaille à un nouveau recueil, que je soumettrai bientôt à la relecture.

Pour trouver mon livre  s’approcher de moi, de mon éditeur (LA JEUNE PLUME EDITIONS) ou sur Youscribe.

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Pourquoi Faut-il Bâtir un Lieu De Mémoire Majestueux Au Cameroun Pour l’Écrivain Mongo Beti

November 8, 2023 by jmbarga

Avouez-le :

Vous souhaitez de temps en temps sacrifier les bagatelles, vous éloigner du tapage de la vie moderne, être aux antipodes de la frénésie des réseaux sociaux et vous retrouver dans des lieux plus calmes où vous avez l’impression d’entamer un dialogue avec de grands et nobles esprits. En somme d’être en tête-tête avec des personnages légendaires inspirants. Ceux-là qui se sont sacrifiés pour laisser à la postérité un monde plus juste et conforme à leur idéal.

Un espace du souvenir important consacré à la figure illustre de l’écrivain Mongo Beti pourrait être un de ces endroits où nous retrouvons une douce quiétude et où nous élevons notre esprit à une certaine altitude. Or, à ma connaissance, il n’existe pas au Cameroun un lieu majeur du souvenir en l’honneur de notre atypique homme de lettre. Pas de rue portant son nom, point de monument à sa gloire, pas même une université ou une grande école d’envergure qui puisse nous rappeler son œuvre colossale.

Comment donc les nouvelles générations seront au courant de son somptueux héritage ? Comment pourraient-elles lui rendre l’hommage qu’il mérite ? Et puis, il y a le fait que dans un monde en perpétuelle évolution et en mal de repères, ce brillant intellectuel est un point d’ancrage solide. Sans action conséquente, nous laisserons à d’autres pays à travers l’Afrique et le monde la possibilité de récupérer complètement l’icône de notre littérature.

De l’Utilité Des Lieux de Mémoire Pour Une Nation

Toutes les sociétés organisées érigent des statues pour célébrer des personnages ayant réalisé des exploits. Les lieux de mémoire permettent en effet de se souvenir de ceux qui ont répandu une certaine lumière autour d’eux avant nous.

Promouvoir nos diverses icônes dans les domaines où elles se sont illustrées, c’est construire nos références et garder nos valeurs tout en actualisant de manière perpétuelle nos modalités d’existence.

Partout, dans nos villes et dans campagnes, nous devons intégrer la glorification artistique avec de grands édifices symboliques dédiés aux hommes et aux femmes qui ont marqué notre histoire. Mongo Beti lui-même, qui a tant fait vivre Ruben Um Nyobé dans une partie importante de son œuvre, savait mieux que quiconque l’importance de valoriser nos héros, de les mythifier même, lorsque la cause à entretenir est d’une suprême importance.

De La Nécessité De Diffuser Le Savoir Partout

Il faut sortir la littérature des endroits convenus. Chez nous plus qu’ailleurs, pour toucher le plus grand nombre, les livres ne devraient pas seulement se retrouver dans les bibliothèques et dans les librairies.

La distinction spécifique de certains destins des nôtres peut contribuer à diffuser facilement le savoir partout en insistant sur la singularité des voix et des voies. Dans ce contexte, nous devons marquer un intérêt naturel pour Mongo Beti que beaucoup considèrent comme l’un des plus grands écrivains d’Afrique.

Sachant que l’art romanesque de notre auteur était du côté du réalisme et clairement dans une posture en faveur du petit peuple, c’est en toute logique qu’on devrait trouver des moyens de rapprocher l’illustre homme de ces ‘petites gens’. Pourquoi ne pas construire alors une grande statue au géant des lettres dans un quartier populaire ? Il y serait parfaitement à l’aise !

Mongo Beti : Monument de la Littérature Camerounaise Au Sens Propre

Mongo Beti a touché à de nombreux champs de la littérature et de la pensée. Il fut journaliste, polémiste, éditeur, nouvelliste, romancier et j’en passe. Au vrai, chacune de ces facettes mériterait que l’on s’y attarde pour comprendre le message que nous transmet encore l’auteur aujourd’hui. La découverte de cet écrivain majeur est exaltante, soit qu’on cherche à cerner l’homme qui s’est organisé tout au long de sa vie pour rester fidèle à ses valeurs, ou que l’on veuille découvrir son impact dans chacun des domaines auxquels il a consacré son temps.

Disons-le sans fard : Mongo Beti est un personnage à part de la littérature camerounaise. En quelques décennies, il a légué à la postérité des chefs-d’œuvre avec une remarquable énergie qui infuse chacun de ses ouvrages.

Les Indéniables Atouts En Faveur de Mongo Beti

Il existe un matériau abondant et profond sur Mongo Beti de manière à ce qu’il soit facile de constituer pour lui une expérience de découverte riche et féconde. On n’aura pas besoin d’aller chercher d’hypothétiques études dans des pays très lointains pour retracer la vie du brillant homme. La preuve ? Il suffit de taper le nom de l’auteur sur un moteur de recherche pour trouver une myriade de livres qui étudient son œuvre sans discontinuité.

Après avoir été longtemps incompris, critiqué et combattu, Mongo Beti est aujourd’hui un repère incontestable grâce à une œuvre littéraire inaltérable et présente partout. L’écrivain y développe les différents points de sa vision, une vision acérée sur la vie dans nos géographies et dans un monde complexe et aux multiples facettes.

De La Possibilité d’Une Matérialisation Créative

L’espace à consacrer à Mongo Beti par la postérité devrait évidemment se focaliser sur l’héritage du penseur hors du commun et de l’écrivain de génie ; l’endroit étant un lieu d’inspiration, d’éducation et d’ouverture au monde.

La matérialisation d’un tel espace nécessite une déclinaison robuste et créative. Elle pourrait par exemple prendre la forme d’un musée littéraire et d’un centre culturel avec divers parcours sur la vie de l’écrivain et sur ses œuvres. Voilà comment on stimulerait des conversations entres les visiteurs, les conférenciers et autres auteurs invités ainsi que des apprentis écrivains. L’offre de visite aurait des ramifications significatives sur le terrain du visuel avec un site internet fiable et des canaux de réseaux sociaux.

Il pourrait tout aussi être intéressant de construire une vaste bibliothèque, une sorte de bibliothèque nationale qui porterait à merveille le nom du talentueux écrivain. Nous ferions alors d’une pierre deux coups avec ces actions fortes !

 

Les lieux de mémoire sont là in fine pour permettre à une nation d’avancer sereinement comme un arbre ancré au sol par des racines solides qui peut dès lors envoyer ses branches loin dans le ciel. Les personnes illustres qui parsèment l’histoire sont quelques-unes de ces racines. Leurs efforts, leur détermination et leurs sacrifices méritent reconnaissance et hommages.

Grâce à une œuvre herculéenne, le géant des belles-lettres camerounaises Mongo Beti fait indéniablement partie de ces grands hommes pour lesquels nous devons bâtir des lieux mémoriels capables de cristalliser une vie exemplaire. Ce ne serait là qu’une étape pionnière : nous avons encore tant de nos héros à honorer !

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Depuis Le Début Des Exactions Du Groupe Terroriste Boko Haram Sur Les Populations De l’Extrême-Nord, L’idée M’est Venue D’écrire Sur Ce Sujet

June 30, 2023 by jmbarga

Comment l’ingénieur HSE que vous êtes a développé une passion pour les mots et la littérature et quels ont été vos plus grands défis lors de la rédaction de votre roman ?

Merci pour cette opportunité que vous m’offrez de répondre à cette question on ne peut plus récurrente, sur les lèvres des lecteurs qui me découvrent. Ma passion pour la littérature est née avant mon adolescence. Dès ce moment déjà, j’étais un lecteur invétéré. Je lisais de tout. Des BD jusqu’aux journaux de mon père de regrettée mémoire, en passant par des romans que j’avais le bonheur d’avoir sous la main. C’était bien avant le rêve récent de devenir ingénieur HSE. De cet amour pour la lecture est né un monstre qui me hantait jour et nuit. Le monstre de l’écriture, pendant mes années de lycée. Des années pendant lesquelles je produisais des textes qui ne sortaient pas du périmètre de ma chambre. Mais depuis le début des exactions du groupe terroriste Boko Haram sur les populations de l’Extrême-Nord, l’idée m’est venue d’écrire sur ce sujet ; notamment à propos du sort peu enviable des réfugiés et déplacés internes.

Toutefois, j’ai rencontré d’énormes difficultés lors de la rédaction de ce roman. Je n’avais personne pour me conseiller, ni pour m’aider à respecter ou suivre certains codes de l’écriture. J’avais aussi d’énormes difficultés lors des recherches. J’ai écrit davantage avec mon cœur qu’avec mes doigts. Après environ quatre années de recherche et de rédaction, j’ai pu mettre un point final sur le manuscrit. À ce moment seulement, j’ai eu le bonheur d’avoir des proches et amis qui m’ont aidé avec la bêta-lecture.

 J’ai un peu galéré pour trouver la voie qui mène vers les maisons d’édition (ne connaissant pas les rouages du métier d’écrivain). Mon autodidaxie avait des limites (rires), la difficile période Covid 19 était passée par là… En plus ce n’est pas évident pour un jeune écrivain de trouver une maison d’édition qui lui fera facilement confiance. Avec abnégation, j’ai cherché, avec foi, j’ai patienté, et enfin avec joie, j’ai obtenu une belle collaboration avec Les Lettres Mouchetées, maison d’édition qui a donné naissance à Peau de misère.

D’où est venue la première graine de l’idée de ce livre ? Quelle idée vous habitait sans cesse et qui a conduit à la création de cette histoire ?

Comme je l’avais évoqué tantôt, l’idée d’écrire cette histoire m’est venu après les premières exactions de la nébuleuse Boko Haram. De voir des réfugiés et des déplacés internes dans un état pitoyable, m’a poussé à me lancer dans l’écriture d’un roman, un vrai, qui devait sortir du secret de ma chambre d’étudiant.

Deux événements m’ont particulièrement marqué et décidé à faire parler ma plume. Le premier déclic a été de voir une jeune mère en pleurs portant dans ses bras son bébé. Déboussolée, elle demandait de l’aide aux passants. Elle avait perdu son mari quelques jours plus tôt lors d’une attaque de sa localité près de la frontière nigériane.

Le deuxième événement, je l’avais vécu quelques jours plus tard. Alors que je me rendais au terrain de foot dans mon quartier Doualaré, (l’un des quartiers populaires de la ville de Maroua qui abrite plusieurs réfugiés et déplacés internes) j’ai eu la tristesse de vivre une scène. Des gamins jouant au foot huaient l’un d’eux, l’empêchant de jouer avec eux. Des insultes fusaient : ‘’va-t’en Boko Haram’’, ‘’fils de réfugiés’’. J’appris par la suite qu’il était traité ainsi pour le simple fait qu’il soit réfugié.

De ces événements sont nées mes idées d’écriture de mon roman.

Il y a de nombreux faits assez précis dans votre roman. Avez-vous mené un travail minutieux de recherche ou l’histoire est davantage issue de votre imagination ?

Je dis d’emblée que l’histoire dans sa grande partie est issue de mon imagination. Mes nombreuses lectures depuis des années ont nourri mon imagination. Néanmoins, certaines scènes qui ont servi à meubler les péripéties de mon roman, sont inspirées d’événements réels, notamment ceux relayés par la presse locale et internationale. Je pense à l’enlèvement de jeunes collégiennes de Chibok au Nigéria, ou des attentats à la bombe dans la ville de Maroua.

Votre roman est dense et aborde une multitude de thèmes. Pouvez-vous nous en rappeler quelques-uns et la raison pour laquelle ils ont particulièrement retenu votre attention ? Qu’est-ce qui vous a donné envie d’explorer ces thèmes dans le cadre d’une fiction ?

Une multitude de thèmes jalonnent le roman Peau de misère. L’insécurité occupe la première place. Celle-ci est créée et entretenue par la secte terroriste Boko Haram. En outre, il y a la double peine des réfugiés et déplacés internes qui provient de cette insécurité. Les victimes de l’armée du mal qui cherchent un havre de paix dans des contrées jugées sûres, sont très vite rattrapées par une réalité bien triste : leur discrimination par les populations hôtes.

 J’ai aussi abordé le thème de l’extrême pauvreté et de la sous-scolarisation qui sont des agents vecteurs de l’insécurité évoquée plus haut.

Enfin, d’autres maux sociaux comme la justice populaire, le délit de faciès, l’exode rural, le viol, la violence conjugale, le mariage forcé et le mariage précoce sont évoqués.

 Ces thèmes ont particulièrement retenu mon attention parce qu’ils sont d’actualité. En outre, ce sont des maux sociaux qui dépassent largement le cadre géographique de mon Extrême-Nord natal où se déroule la plupart des scènes de ce roman. Des réfugiés, on en trouve partout : l’Est de la RDC, dans les deux Soudans, dans la partie anglophone du Cameroun (que j’ai aussi évoqué dans mon roman), et même en plein cœur de l’Europe (avec le conflit Russie-Ukraine), etc.

 Il en est de même pour la pauvreté, la sous-scolarisation, les violences faites à la femme, la condition pitoyable de la veuve et de l’orphelin. Ce sont des choses qui nous touchent, de près ou de loin. Et naturellement, ça parle à ma sensibilité. C’est le canal par lequel je sensibilise et lance des cris d’alerte pour dire stop aux guerres, stop à la discrimination, à la stigmatisation, et à toute sorte de violence.

Comment avez-vous réussi à trouver le bon équilibre entre votre activité professionnelle et l’écriture ? Y a-t-il des astuces qui vous ont aidé à vous mettre dans le bain lorsque vous avez trouvé des moments pour travailler sur votre livre ?

Quand j’écrivais mon livre, j’avais eu une grâce relative d’être en chômage (rires). Pendant un peu plus d’un an, je me suis consacré uniquement aux recherches et à la rédaction de mon manuscrit, jusqu’à l’obtention d’un emploi. Mais je parvenais à trouver tant bien que mal un certain équilibre entre mon activité professionnelle et l’écriture. À des moments, j’étais très inspiré, je vivais de moins en moins le syndrome de la page blanche, ce qui me permettait d’avancer peu à peu malgré mon emploi du temps chargé.

De ce fait, quels conseils donneriez-vous à celui ou celle qui se lance dans l’écriture d’un roman ?

Je n’ai qu’un conseil qui me vient d’emblée à l’esprit : la lecture. Celui ou celle qui veut se lancer dans l’écriture doit lire. C’est ce que ma faible expérience me permet de donner comme conseil aux futurs auteurs et autrices. Celui ou celle qui n’aime pas lire ne peut pas prétendre écrire quelque chose de bon. Après, c’est un avis personnel et discutable. Mais c’est ma conviction. Pour ma part, j’ai écrit parce que j’ai lu. C’est ma façon de rendre au livre ce qu’il m’a donné. En outre, écrire demande de plonger dans la lecture de divers styles de romans ; ce qui permet d’enrichir et de diversifier notre vocabulaire.

S’il y a d’autres conseils à donner, c’est de faire le choix d’un objectif minimal. Par exemple, écrire 100 à 150 mots par jour. Mais aussi savoir se libérer de toute sorte de distraction pendant ces phases d’écriture. Avoir foi en ce qu’on écrit et demander conseil auprès de ceux qui ont une certaine expérience dans le domaine.

Pour finir, qu’espérez-vous que ce premier révèle de vous en tant qu’auteur et que pouvons-nous attendre de vous à l’avenir ?

 J’espère que mon premier livre éduque, sensibilise, lance un cri d’alerte et surtout serve de miroir à des personnes qui par ignorance ou par quelques méchancetés jugent, stigmatisent, discriminent le réfugié, l’inconnu. Mais avant, que ce livre donne espoir à ces personnes traumatisées par la guerre. Puisque mon roman Peau de misère porte sur les réfugiés, j’irai loin pour rêver avec l’auteur palestinien Gulwali Passarlay (que j’aime tant citer) qui dit : “ si je fais un seul rêve, c’est celui-ci : que, dans le futur, un enfant lise ce livre et demande: “ c’est quoi un réfugié ?”

 Comme auteur, j’espère de tout cœur faire partie de ces écrivains qui œuvrent pour le bien- être des opprimés. Un auteur qui apporte sa modeste pierre à la construction difficile mais possible d’un monde sans injustice, sans discrimination. Je veux qu’on se souvienne de moi comme d’un auteur engagé pour de causes nobles.

Pour l’avenir, je promets de ne pas m’arrêter à ce premier livre. Si Dieu le veut, Peau de misère ne sera que le premier livre d’une très longue série.

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