Notes Sur l’Écriture Du Roman ‘Derrière Le Sourire Du Masque’
Il y a une citation de Tony Morrison que j’aime bien : « Si vous voulez lire un livre, mais qu’il n’a pas encore été écrit, vous devez l’écrire. »
Cette citation a dû m’habiter alors que l’idée d’écrire ‘Derrière le sourire du masque’ était encore embryonnaire. Je souhaitais que le roman se déroule dans des contrées que je maîtrise en abordant des thématiques qui me sont familières.
J’ambitionnais de déambuler avec mes personnages dans les rues de Douala en les suivant particulièrement dans ce monde technologique dont on croit à tort qu’il n’existe pas chez nous. Avec l’écriture du roman, je cherchais aussi à comprendre la manière par laquelle nos richesses patrimoniales se sont retrouvées en errance à travers le monde et comment nous pouvons nous organiser au mieux pour leur retour.
LA VILLE DE DOUALA
Pour moi, il n’y existe nulle part ailleurs un lieu aussi empli de vie que Douala. Tout y est : les personnages haut en couleur, les odeurs de toute nature, les plats les plus appétissants ou les discussions enflammées. Tous les sens sont sollicités ! Et il faut parfois faire usage du sixième pour éviter une sordide mésaventure ou, à contrario, tomber sur une affaire ou une personne en or.
Il m’arrive souvent en marchant ici et là d’écouter les gens parler et les conversations sont tellement originales avec des répliques bien à propos qu’on se croirait déjà dans une scène de film, dans une pièce de théâtre ou… entre les pages d’un roman.
Loin des images d’Épinal, la ville de Douala est difficile à saisir totalement. Comment en effet cerner l’âme de cette cité qui va de l’extravagance débridée des rues agitées à la poésie d’un coucher de soleil idyllique que l’on contemple du haut d’un balcon par un calme après-midi d’un quartier résidentiel ?
‘Derrière le sourire du masque’, c’est un peu le roman de la somme de mes déambulations dans les coins et recoins de Douala. Je n’aime rien tant que de me promener ici et là, me perdre et me retrouver, scruter des endroits connus, inconnus ou improbables dont je me réjouis plus tard d’avoir fait la découverte. À ce propos, j’affectionne le mot anglais de ‘wander’ que l’on traduit en français par errer, « vaguer de côté et d’autre, aller çà et là à l’aventure ».
LA TECH
L’environnement Tech est très dynamique au Cameroun. On n’en est pas assez conscient à mon avis. Cela peut être dû au fait que les geeks restent entre eux, dans leur monde. Les acteurs de la Tech seraient-ils des incompris et des marginaux ? J’ai l’impression en tout cas qu’ils apparaissent aux yeux de beaucoup comme des excentriques et des personnes incontrôlables.
Lorsque j’étais en entreprise, j’ai côtoyé quelques personnes du milieu de la Tech et certains sont pour le moins fascinants. J’ai donc voulu faire vivre des personnages évoluant dans cet univers pour rendre les acteurs de cet écosystème et leurs activités plus visibles.
Il m’a semblé également intéressant de voir comment les réseaux sociaux s’immiscent dans notre vie et dans notre quotidien, et ceci sans que nous nous soyons préparés d’une manière particulière. Notre quotidien est désormais fait de buzz et les réseaux sociaux impactent la société en influençant de manière active notre manière de penser, d’être et d’agir. Il faudra sans doute bien réfléchir à la façon dont nous utilisons tous les outils technologiques accessibles aujourd’hui.
LES OBJETS PILLÉS
Il est généralement admis aujourd’hui qu’entre 80 et 90 % des richesses culturelles de l’Afrique se trouve hors du continent. Cela est préoccupant lorsqu’on sait que les objets pillés et emportés vers d’autres cieux constituaient l’âme des peuples et n’étaient pas conçus pour être exposé dans des musées. Le père Engelbert Mveng estime par exemple que ‘Le masque est un costume liturgique conçu et réalisé en fonction d’un rite, d’une cérémonie, d’une célébration dont il récapitule le rôle et la signification dans la vie du peuple. »
Il est indéniable que le départ brutal de ce patrimoine spirituel a traumatisé des peuples et désorienté les individus incapables désormais de s’enraciner dans une identité et d’avoir des repères solides.
De nombreux trafics sur les objets de culte se poursuivre à l’heure actuelle avec l’implication actives de parties prenantes bien organisées. Avec l’envol des prix des artéfacts lors de vente aux enchères et dans des lieux moins officiels, de nombreux appétits sont aiguisés, y compris au sein même des organisations traditionnelles.
C’est ce qui explique que dans le roman, l’histoire se déroule dans un jeu de miroir où l’on suit au présent les aventures des deux principaux personnages, le copywriter chevronné Daniel Mola et la développeuse ingénieuse Halima Alima. Ils font face à une organisation rusée de trafiquants de ressources vitales du peuple Babona. Mais le roi Bongando évoque sans cesse le souvenir de l’objet de culte spolié au cours d’un pillage dans l’histoire douloureuse de la contrée. D’ailleurs, ce souverain, ancien professeur d’université, n’a jamais cessé de réclamer le retour du masque primordial spolié à son peuple et il espère voir de son vivant le retour de l’objet confectionné par ses ancêtres.
EN CONCLUSION
‘Derrière le sourire du masque’ est écrit dans le genre ‘thriller’. Nous devons explorer tous les genres littéraires, en créer d’autres si nécessaire pour dire de la meilleure des façons nos histoires et notre histoire.
Je souhaite demeurer avant tout un storyteller. J’aimerais, en racontant une histoire, que le lecteur s’évade de son quotidien ou de l’instant présent. Mais j’espère aussi que mon lecteur réfléchira avec moi sur une thématique qui peut être importante pour lui ou pour l’humaine condition de manière générale.